Approche de l’étudiant dans la campagne lilloise au début du XXe siècle

Chantal Dhennin-Lalart

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Le mot étudiant sera pris dans une acception large : ce sera celui qui fait des études au-delà du Certificat d’études Primaires. La campagne lilloise sera celle du sud-ouest de Lille ; ailleurs dans l’agglomération, des bourgades relativement importantes créent une ambiance urbaine qui ne permet plus de parler de campagne. Le début du XXe siècle comprend les années 1900 jusqu’à la sortie de guerre, les conditions de prospérité et d’ouverture européenne de la première dizaine étant inséparables de la décadence économique et de la déchéance sociale qui ont suivi la guerre dans ce territoire devenu « zone rouge du front occidental ».

À l’aide de ces présupposés, il est possible, à présent, de mieux cerner le sujet qui concerne l’étudiant dans la campagne lilloise au début du XXe siècle : il ne s’agit pas d’une étude statistique faite de dénombrements estudiantins. Il serait vain de tenter de la faire, trop peu d’éléments archivistiques sont disponibles pour fournir un travail documenté. Il s’agit, plutôt, de proposer une réécriture sociale des composantes « jeunes » les plus avancées de ce territoire situé à la jonction du bassin houiller de Lens-Béthune et de la grande agglomération de Lille-Roubaix-Tourcoing. Ces étudiants, dont il sera question, apparaissent comme les révélateurs de mouvements intellectuels plus vastes, presque comme de véritables événements en eux-mêmes, tant ils sont peu nombreux, des sortes de points de fixation de nature politique et sociale qui donnent une vision contextuelle des réseaux qui les sous-tendent, des influences qu’ils incarnent et des liens idéologiques qui les relient à l’époque : ascension sociale républicaine, progression par le biais des études cléricales, Grande Guerre, système des avant-gardes.

Pour faire ces études du mouvement estudiantin dans la campagne lilloise, les références archivistiques sont limitées aux listes de résultats du baccalauréat et aux évocations des parcours dans La semaine religieuse du diocèse de Lille. En revanche, les travaux consacrés à l’enseignement secondaire et supérieur dans la zone urbaine de Lille sont plus nombreux ; citons, en particulier, les recherches de Philippe Marchand1, de Jean-François Condette2 et de Jean-François Chanet3. Il sera opportun, deuxièmement, d’enrichir la réflexion à partir d’œuvres romanesques ou biographiques qui préciseront le contexte intellectuel de ce sud-ouest lillois au début du XXe siècle ; les ouvrages de Léon Bocquet4, un écrivain régionaliste, et les lettres de guerre des frères Verly5 sont des exemples précis qui offrent des appoints transversaux utiles pour la compréhension de la période. Troisièmement, enfin, les points de vue des philosophes et des chercheurs présentent un réel intérêt pour éclairer une lecture nationale, voire transnationale et européenne des problématiques étudiantes. Citons Paul Ricœur6 qui voyait dans le début du XXe siècle une époque où l’étudiant gardait confiance dans l’institution qui le formait, Jean-François Lyotard7 qui a élaboré le concept de la condition étudiante, Theodor Adorno8 qui invite à une étude critique de la catégorie sociologique de l’étudiant, Jacques Derrida9 qui considère, quant à lui, que la vie étudiante est une période de ferveur et d’initiation, et enfin Michel Foucault10 qui analyse les attraits et les rejets qui caractérisent la vie étudiante.

L’approche de l’étudiant dans la campagne lilloise stimule une « histoire horizontale », une global history, qui synthétise, sur une période d’une vingtaine d’années coupées par la Première Guerre mondiale, quelques études monographiques isolées et leur ajoute une portée plus globale, à la fois décentrée et entrecroisée, qui utilise le local pour dévoiler la diversité des approches du phénomène étudiant dans le Nord de 1900 à 1920. Ainsi, seront abordées les thématiques suivantes : comment les générations se sont-elles succédé ? Peut-on souscrire à une histoire linéaire du mouvement étudiant qui peu à peu prendrait de l’ampleur et gagnerait en démocratisation ? Faut-il croire en l’idée selon laquelle les élites scolaires parviennent à décrocher des diplômes qui valoriseraient leurs capacités, récompenseraient leur travail et gratifieraient leur curiosité d’apprendre ?

I. La succession des générations s’effectue sans tenir compte du phénomène étudiant

La succession des générations est marquée, selon Michel Foucault, par « la régulation sociale contradictoire de la jouissance, du savoir, du pouvoir, du corps et du sexuel11 ». En cela, il est éminemment question de la jeunesse, voire du « désespoir de jeunesse12 ». Comment, en effet, comprendre la société sans se focaliser sur ceux, et celles, qui s’appliquent à vouloir apprendre dans le cadre d’un parcours scolaire et universitaire ? L’approche estudiantine en dit beaucoup sur la société qui l’intègre, sur sa régulation, sur ses contradictions, si l’on prend le temps de s’intéresser aux mécanismes, processus et discours relatifs au monde étudiant. Différentes trajectoires seront vues, donnant le cadre multiforme du phénomène étudiant dans la campagne lilloise au début du XXe siècle.

1 – Un cas-modèle : Léon Bocquet, le grand ancêtre étudiant de la campagne lilloise, le co-fondateur de la NRF aux côtés d’André Gide à Paris, le poète et le romancier

Léon Bocquet, romancier à succès durant l’Entre-deux-guerres, est né à Marquillies (Nord) le 11 août 1876. Il est le quatrième enfant d’un couple de journaliers dont on peut penser que ni l’un ni l’autre ne savent écrire13. La revue Nord14 ajoute d’ailleurs que :

Bocquet est né, rappelons-le, en 1876 à Marquillies-lès-Lille, quatrième enfant d’un couple de manouvriers analphabètes. Son enfance se passe donc dans un milieu essentiellement patoisant jusqu’à son entrée à l’âge de dix ans en classe de sixième dans un « collège flamand15 ». Jusque là, Léon Bocquet est, par la force des choses, monolingue puisque durant toute son enfance il n’a eu comme connaissance empirique que le picard16.

Comment alors envisager de sortir de ce milieu peu porté vers les études ? La solution, durant les années qui finissent le XIXe siècle, est la voie du séminaire. C’est le Concile de Trente (1545-1563) qui avait décidé de la création de ces écoles – dont le nom signifie étymologiquement « pépinières17 » – et qui devaient recevoir des jeunes gens donnant des signes de vocations ecclésiastiques, pour améliorer une formation intellectuelle et morale jugée souvent insuffisante. Certes, nombreux étaient les jeunes gens qui ont poursuivi jusqu’au grand séminaire et, au-delà, jusqu’à la prêtrise, comme par exemple Gaston Gars, né à Pitgam dans le Nord deux ans avant Léon Bocquet, et qui eut ce parcours normatif et classique. Gaston Gars a été élevé à l’ordination le 9 juin 1900, avant que, doté désormais du titre de chanoine, il n’enseigne les mathématiques au séminaire de Lille qui l’avait formé :

Il était resté profondément un « rural », non seulement par l’attachement à la patrie flamande dont la campagne fut toujours son horizon, mais par son caractère simple, modeste et obstiné, se défiant des innovations coûteuses et des théories osées.  C’était un silencieux… qui n’en pensait pas moins et s’exprimait avec une sobre précision18.

Mais tous les jeunes séminaristes ne sont pas dans la conformité affichée par Gaston Gars ; il en est une partie – crise intellectuelle ou éthique ? – qui ne persévère pas dans la prêtrise. Léon Bocquet est de ceux-là. Voici comment s’est effectué son détachement du trajet préformaté qu’il devait suivre. Après le petit séminaire d’Hazebrouck, voilà à présent le jeune homme arrivé en 1895 au grand séminaire de Lille, appelé Séminaire Académique, institution spécialisée et réservée aux étudiants ecclésiastiques de l’Université catholique de Lille19.

En 1897, Léon Bocquet publie Sensations, un recueil de poèmes profanes qui lui vaut une mise en demeure des autorités universitaires. Il est âgé de vingt-et-un ans. Nous parlerions d’œuvres de jeunesse sans y ajouter un mot si cette publication n’avait eu pour conséquence d’amener Léon Bocquet à faire un choix décisif pour son avenir. En effet, c’est un étudiant au Séminaire Académique de l’Université Catholique de Lille, destiné à entrer dans les ordres, qui a composé ces poèmes parfois teintés de religiosité – les Saintes Vierges, par exemple, sont évoquées à de nombreuses reprises – mais traversés aussi du souffle profane des premiers rêves d’amours adolescentes. Trop profane, sans doute, aux yeux de son supérieur. Sommé de choisir entre la Muse et l’habit ecclésiastique, Bocquet opte pour la première et affirme son ambition poétique.

Sans hésiter, il a donc choisi de démissionner. Il entre alors, en qualité de boursier, à l’Université d’état de Lille, récemment créée. Il est licencié es lettres en 1899. En 1900, il fait un D.E.S. (Diplôme d’études supérieures) sur Lecomte de Lisle et l’individualité dans la pensée objective. Puis il fonde la revue Le Beffroi20.

Léon Bocquet a donc tourné le dos à la prêtrise et il est entré sans réserve dans le monde universitaire laïc lillois du début du XXe siècle. Il y accomplit un parcours brillant puisqu’il a su mener en parallèle plusieurs vies : celle de l’étudiant assidu qui obtient en 1901 une bourse pour préparer l’agrégation d’anglais ; celle du poète qui publie un second recueil toujours en 1901 intitulé Flandre, et qui est édité par la Maison des poètes à Paris ; celle du rédacteur en chef du Beffroi qui explique, dans le premier numéro, avoir pour ambition de « faire connaître et développer la littérature septentrionale21 ». Mais l’enseignement ne lui convient pas et les problèmes de santé s’accumulent22,  aussi Léon Bocquet entre comme secrétaire de rédaction à L’écho du Nord : les études universitaires sont terminées pour lui mais pas l’envie de voir, de connaître, de collaborer qui se concrétise de deux façons : le voyage en Italie, d’une part ; l’installation à Paris, d’autre part, aux côtés d’André Gide avec qui il fonde la NRF, la Nouvelle Revue Française, avant de se brouiller avec l’équipe23. Ces oscillations et ces tensions sont caractéristiques de l’étudiant séminariste d’hier comme elles le sont de l’écrivain qu’il est devenu pour qui le dualisme pulsionnel est au cœur de la vie.

2 – Ceux qui ont fait des études et qui ont réussi à percer :
Louis Vienne, ingénieur des Mines en 1914

Si Léon Bocquet est remarquable parce qu’il représente le cas-modèle de l’approche de l’étudiant dans la campagne lilloise au début du XXe siècle, il est d’autres exemples, certes moins fameux, mais tout aussi révélateurs de ces cursus scolaires et universitaires qui ont traversé le monde rural péri-lillois. Citons Louis Vienne.

Louis Vienne, d’Illies, aîné d’une importante fratrie, témoigne du souci d’élévation sociale présent chez beaucoup d’habitants de ce secteur où les familles pauvres et nombreuses sont légion. Louis Vienne, devenu ingénieur des Mines lorsqu’il décède à la guerre durant les premiers combats de 1914, était un élève très doué de l’école communale de sa petite localité. Mais, en dépit de ce potentiel, il n’aurait pas pu poursuivre d’études supérieures étant donné que son père, pour sa plantation de tabac, avait besoin des bras de tous pour aider dans les travaux des champs. Il a fallu la compréhension attentive de son instituteur Désiré Carlier pour que la mise en route vers des études longues puisse s’effectuer24. Voici un témoignage qui rappelle le rôle majeur joué par les instituteurs des communes :

C’était le temps des seigneurs. Dans ce temps, un notaire, un docteur portaient la jaquette, les manchettes, les gants et même le haut de forme. Le maire, le curé, l’instituteur étaient nos seigneurs car on avait besoin d’eux. L’instituteur s’appelait Monsieur Carlier, il était en même temps greffier de mairie. Tout le monde faisait tout25.

Monsieur Carlier « faisait tout », et notamment des démarches afin que Louis Vienne puisse devenir boursier. L’impact du rôle de l’école publique communale et des instituteurs se vérifie quand on interroge les anciens. Yvonne Gille-Lecompte, interviewée à l’âge de 90 ans en 1970, évoque ce passé de l’ascension sociale permise aux enfants du village par l’école, devenue un élément de la visibilité de l’action de l’état français dans les communes, au début du XXe siècle :

La place avait une ruelle qui menait, juste au coin, à l’estaminet Vienne-Hayart comme l’indiquait le panneau qui était juste au-dessus de la porte de la maison. C’était un café à deux étages avec un comptoir et, derrière, une étagère et des verres. Il y avait deux ou trois tables. On battait des coqs dans la cour. Il y avait un carré pour les mettre à se battre ; mais ça se faisait seulement en été, pour les ducasses. Les Vienne avaient plusieurs enfants dont un fils, Louis, qui avait fait des études à Paris et était devenu ingénieur. Quand il était encore à l’école à Illies, il avait été présenté au certificat par l’instituteur Monsieur Carlier, et, comme il avait eu le premier prix départemental, Monsieur Carlier avait poussé ses parents à accepter que Louis aille faire des études. Il a pris pension à Paris chez un neveu de Monsieur Rigaut, d’Illies, qui était parti habiter là-bas26.

Cette force de l’école communale est alors sensible dans la campagne lilloise à trois niveaux : premièrement, les bâtiments scolaires et les maisons des instituteurs forment un ensemble architectural imposant, rendant visible sur les places des bourgs la puissance des institutions scolaires ; deuxièmement, les maîtres d’écoles et la kyrielle des enfants venant du centre et des hameaux, qui se rendent à l’école le matin, qui rentrent manger chez eux le midi et qui repartent à leur domicile à l’heure du goûter, sont la seconde partie perceptible de l’institution ; et le troisième niveau réside dans la symbolique du Certificat d’Etudes Primaires qui est le rite de passage quasi obligé pour l’entrée dans la vie adulte. Les communes de la campagne lilloise au début du XXe siècle répondent à ce schéma d’intégration de l’école et par l’école. Et obtenir le premier prix départemental au Certificat était un gage d’honneur auprès de tous, ce qui est le cas de Louis Vienne, le seul de sa famille à entreprendre des études, le seul parmi les autres fils aînés des familles nombreuses ouvrières à faire des études secondaires et universitaires.

Durant la période 1900-1914, c’est Désiré Carlier qui accorde aux meilleurs élèves du village la possibilité de passer leur examen ; c’est lui qui distingue les aspirants potentiels au Certificat d’Etudes Primaires, le CEP, au vu de leurs aptitudes en classe. On ne le discute pas. Il serait intéressant de voir les remarques des inspecteurs au sujet de son enseignement et les aléas de sa carrière ; le dossier n’existe plus aux Archives Départementales du Nord. On ne saura rien de son parcours sinon par le biais des entretiens évoquant ce directeur, tous admiratifs à son sujet : « Grâce à lui, Louis est devenu ingénieur des Arts et Métiers ; il a été affecté au PLM, au Paris-Lyon-Marseille. Il travaillait au bureau des projets27. » Si l’instituteur tient une telle place dans le souvenir des habitants, c’est qu’il a su déceler chez les enfants leurs talents et les mettre en confiance pour des études supérieures grâce au consensus avec les familles. Ainsi les habitants d’Illies sont reconnaissants envers Désiré Carlier pour son action particulièrement positive auprès du jeune Louis Vienne, fils du cabaretier et planteur de tabac installé sur la Place d’Illies, et qui a connu, grâce à lui, une ascension sociale peu commune. Le fait de voir s’élever un des enfants du village grâce aux études est une source de fierté pour tous28.

3 – Les étudiants qui étudient, pour étudier, sans réussir forcément
leurs examens : Félicien Verly, les fils Delerue et Peuvion

Trois situations spécifiques vont maintenant faire comprendre en quoi consiste, pour des adolescents de milieu assez privilégié de la campagne lilloise, l’approche du monde estudiantin.

La problématique autour de Félicien Verly est celle d’un jeune homme apte à poursuivre des études et financièrement favorisé par sa famille : le père est tailleur ; la mère est couturière ; les filles aident leurs parents au travail de confection à la machine ou à la main ; les fils font des études. Félicien, dans ces conditions, souhaite valoriser son instruction par des diplômes, mais – est-ce faute de posséder une santé suffisante ? – il doit redoubler encore et encore durant son cursus. à ces redoublements, s’ajoute la mobilisation pour la guerre qui vient d’être déclarée au début de l’été 1914 :

Félicien est né le 9 janvier 1893. En temps de paix, il eût été mobilisable à compter du 1er novembre 1914. Mais en temps de guerre, la classe «  première à marcher » pouvant être appelée par anticipation, il aurait dû partir dès la mobilisation. Ce n’est pas le cas. Félicien est de santé fragile. Enfant, il a été victime de congestions pulmonaires qui ont failli lui coûter la vie. Adulte, il garde des séquelles de cette « fluxion de poitrine » qui continue de lui faire cracher le sang. Tuberculose ? C’est vraisemblablement la crainte des médecins militaires. La tuberculose, ce « mal de misère » comme on l’a surnommée, est une affection endémique qui fait des ravages dans les classes les plus modestes. Toujours est-il qu’il a été examiné et ajourné deux fois, en 1913 et en 1914 pour « bronchite suspecte29 ».

Le front qui s’installe en octobre 1914, juste pendant l’arrivée de l’armée allemande d’occupation, est déjà le lieu des incendies, des ruines, de la désolation et du traumatisme. Félicien, habitant encore avec ses parents à cette date, parvient à fuir le déluge des tirs en leur compagnie. Au hasard de leur avancée, les Verly arrivent dans le Pas-de-Calais en zone britannique, à Hézecques précisément, où Félicien travaille aux osiers en attendant d’être mobilisé30.

Nom Prénom

Commune d’origine

âge

Femme +
enfants

Profession

Localité d’évacuation

Caullet Arthur

Illies

46

3

Forgeron

Acquin

Foulon Octave

Aubers

50

Courtier chevaux

Blendecques

Boulin Constant

La Bassée

F+5

Forgeron

Bully

Duriez Bertin

La Bassée

50

2

Représentant de commerce en sucreries chez Barrois à Marquillies

Busnes

Petitprez Auguste

La Bassée

56

7

Maçon

Campagne-les-W

Carbonel Charles

Illies

51

3

Usinier

Hézecques

Delval Victor

Illies

53

Charretier

Hézecques

Cambier Jean

Illies

29

2

Contremaître de culture

Hézecques

Lesage Louis

Illies

62

1

Ouvrier agricole

Hézecques

Aubin Emile

Sainghin

55

1

Entrepreneur de battage

Hézecques

Wallart Henri

Illies

18

Charretier

Hézecques

Verly Félicien

Illies

21

étudiant

Hézecques

Berton Joseph

Fournes

50

1

Professeur d’Anglais

Tournehem

Descamps Jules

Fromelles

Maire

Barlin

Dhaisnes, née Lefebvre Jeanne

Aubers

Barlin

Degorre, née Planque Suzanne

Aubers

2

Barlin

Leroy Hubert

La Bassée

Mineur

Barlin

Descamps Jules

Sainghin

Mineur

Barlin

Citerne Victor

Sainghin

Mineur

Barlin

Bussot Jules

La Bassée

Mineur

Barlin

Herbet Emile

Sainghin

Mineur

Barlin

Ducrocq Léon

La Bassée

Houilleur

Annezin

Mannelier Philo

Salomé

3

Ménagère

Annezin

Hennebel Henri

Salomé

La Beuvrière

Empisse Eugène

Herlies

F+2

Cultivateur

Oblinghem

Lerouge Augustin

Herlies

F+2

Menuisier

Oblinghem

Larguillère Paul

Aubers

F

Imprimeur

Fruges

Renuit Adolphe

Sainghin

Fruges

Desmadrille Fr

Sainghin

Boulanger

Annezin

Document 1 : Tableau – Evacués-chefs de famille, originaires du canton de La Bassée, dans les communes d’Artois (Pas-de-Calais) durant 1915 et 1916.

Source : AD Pas-de-Calais, 120 R 1.

On remarque que Félicien Verly est le plus jeune des adultes évacués et le seul à appartenir à la catégorie « étudiant ».

Finalement, Félicien part à la guerre dans l’artillerie le premier juin 1915. Le principal, et quasi unique, moyen de garder des liens avec les siens est la correspondance, à laquelle il excelle : caustiques, réalistes, descriptives, ses lettres montrent son bon niveau d’études. Il a l’opportunité, à cause de ses problèmes de santé et de ses blessures, de passer une grande partie de la guerre à soigner les chevaux à Saint-Junien, dans la Vienne, loin du front. Félicien reprendra ses études, une fois sa démobilisation terminée. Il décrochera son baccalauréat seconde partie en mai 1920. Il a alors 27 ans.

Pour Félicien notamment qui, rappelons-le, n’a jamais exercé d’activité professionnelle, et dont la scolarité a été interrompue (pour ne pas dire bousillée) par la guerre, la sortie de guerre va décider de l’orientation de son existence. Comme pour beaucoup de soldats, c’est l’inconnu : comment envisager l’avenir ? Pour ceux qui étaient encore scolarisés, que faire ? Difficile d’envisager de reprendre les cours, après avoir vécu ce qu’ils ont vécu, après quatre ans et demi de vie de brute. C’est un sujet que, paradoxalement, Félicien n’aborde jamais dans sa correspondance31.

Le 12 août 1919, Félicien est démobilisé, trois semaines avant la date prévue, ceux des départements envahis bénéficiant d’un gain de classe32.

Les études de Félicien sont un bon bagage eu égard au peu d’étudiants de la décennie 1910. Fort de ce niveau scolaire qui se limite au baccalauréat seconde partie que peu de jeunes gens peuvent exhiber durant l’entre-deux-guerres, Félicien se retrouve directeur de l’agence du Crédit du Nord de Lumbres, une localité proche de Hézecques où il avait évacué au début de la Première Guerre mondiale. Du même village de la campagne lilloise, Illies, quatre autres jeunes gens sont également lycéens au début du XXe siècle. Ce sont tous les quatre des fils d’agro-industriels : d’une part Pierre et Victor Delerue ainsi que leur cousin Henri Delerue, désigné comme étant de Salomé, sa commune de naissance, et, d’autre part, André Peuvion, de la ferme abbatiale de l’Écuelle. Voici leurs résultats au baccalauréat :

Baccalauréat

Options

Mention

1° partie

Somme

1915

Peuvion André

Illies

1898

Latin-Langues vivantes

Assez Bien

//

Paris-Amiens-Rouen

1917

Delerue Henri

Salomé

1901

Latin-Grec

Assez Bien

2° partie

Boulogne-Amiens-Rouen

1916

Peuvion André

Illies

1898

Latin-L.angues Vivantes

Passable

//

Rouen

1918

Delerue Pierre

Illies

1900

Latin-Langues Vivantes

Passable

//

Rouen

1918

Delerue Victor

Illies

1901

Latin-Langues Vivantes

Passable

//

Lille

1918

Delerue Henri

Salomé

1901

Latin-Grec

Passable

Total des candidats :

4

Tous les 4 habitent la commune d’Illies

Âge moyen 1ère partie : 17 ans

Âge moyen 2de partie :

18 ans

Option majoritaire :

Latin-Langues Vivantes

4/6Passable

2/6 AB

Document 2 : Tableau – Résultat du baccalauréat 1° et 2° parties pour les candidats issus de la commune d’Illies durant la Grande Guerre.

Source : ADN, 2 T 2907 à 2905.

Remarque : Lille ne redevient un lieu d’examen qu’à l’automne 1918.

En période difficile, le baccalauréat est un marqueur important au sein de ces milieux aisés. De plus, le but recherché est la perspective d’un avenir plus prometteur en étant diplômé. On pouvait donc supposer que ces quatre jeunes gens feraient un parcours universitaire. Il n’en est rien. Les circonstances de la reconstruction amènent chacun des quatre bacheliers à reprendre les affaires familiales. La Grande Guerre, certes, est la cause de cette désaffection envers les études supérieures car les bras de tous les jeunes gens valides sont indispensables à l’heure des ruines et du bilan. Ainsi, nécessité fait loi, ces familles de propriétaires terriens et d’agro-industriels de la campagne lilloise excluent pour leurs fils la poursuite des études au-delà du baccalauréat. La succession des générations s’y effectue sans tenir compte du phénomène étudiant.

II. Une analyse du phénomène étudiant dans la société rurale du sud-ouest de Lille

Prenons une famille du monde ruralo-ouvrier du sud-ouest de Lille, les Théry-Tourbier, qui se sont mariés à Sainghin le 11 août 1873. Ils ont eu ensemble, en vingt-cinq ans, quinze enfants.

Prénom des enfants

Date de naissance

Date de décès

Lieu de décès

Alexandre

14/9/ 1873

1/7/1874

Sainghin

Céline

17/1/1876

14/8/1954

Sainghin

Alexandre

6/1/1878

Mort-né

inconnu

Adeline

20/12/1878

14/7/1946

Sainghin

Léopold

11/2/1881

12/6/1968

Sainghin

Louis

8/4/1883

17/1/1949

Sainghin

Orélie

30/4/1885

24/6/1959

Sainghin

Victor

17/2/1887

19/1/1890

Sainghin

Henri

11/9/1888

4/1/1916

Hennemont (Meuse)

Victor

13/10/1890

4/4/1971

Wavrin (Nord)

Jules

20/3/1892

X/8/1972

Sainghin

Charles

1/9/1894

16/10/1917

Toul (Meurthe et Moselle)

Emile

28/2/1896

10/10/1916

Chaulnes (Somme)

Fils

23/2/1898

Mort-né

Sainghin

Marie

5/6/1899

inconnu

inconnu

Figure 1 : Les quinze enfants de la famille Théry-Tourbier, de Sainghin.

Source : Michel Boucq, La guerre des Théry, Sainghin, auto-édition, 2013, p. 1.

Aucun de ces onze garçons et de ces quatre filles n’a eu de parcours universitaire ; tous, dès qu’ils sont en âge de travailler, sont maçons comme leur père ou couturières comme leur mère. Ce cas de famille ouvrière de la campagne lilloise évoque le fait qu’étudier est un apanage des classes fortunées ou des élèves boursiers, ce qui n’est pas la situation ici.

1 – L’identité locale d’une jeunesse qui exclut les étudiants
de ses membres

Il convient d’apporter une perspective sociologique et anthropologique33 qui nécessite de descendre à l’échelon des communautés et des individus. Cet angle mène à la rencontre d’un univers à la fois rural et urbanisé. Ébranlé et séduit par l’apport des villes environnantes34 que sont Lens, Béthune et Lille-Roubaix-Tourcoing, l’habitant de la campagne péri-lilloise sera mis en scène quantitativement mais il faudra voir aussi quelle mentalité profonde se dessine au travers de l’identité de sa jeunesse.

Le premier trait qui apparaît est que, globalement, la région est prospère et que même les familles à bas revenus y sont relativement à l’aise. Le tableau ci-dessous est la démonstration de cette aisance mais aussi de ses écarts.

Commune

Principal

des 4 contributions directes

pour 1911

Aubers

10840

Fournes

13809

Fromelles

7416

Hantay

3643

Herlies

7679

Illies

11649

La Bassée

38935

Marquillies

10567

Sainghin

18777

Salomé

10972

Wicres

3446

MOYENNE

12520

Document 3 : Tableau du montant global de l’impôt principal de onze communes de la campagne du sud-ouest de Lille, pour l’année 1911

Source : ADN, Bibl. 2151, G5/05, tableau élaboré à partir des données proposées pour le canton de La Bassée en 1912

Remarque : Trois communes sont en caractères gras : les deux plus riches, la plus pauvre.

Aisance financière importante dans le bourg-centre industriel de La Bassée qui est également chef-lieu de canton, et dans la commune de Sainghin qui vit à l’aise grâce à son commerce internationalisé du beurre et des œufs.

Faiblesse des moyens financiers à Wicres, village essentiellement rural.

Si les deux maîtres mots sont prospérité et internationalisation, il faut voir d’où viennent ces particularismes. D’une part, chaque bourgade voue environ 85 % de son espace au labour et aux cultures ; on est donc dans un espace nettement rural. Les jeunes gens, garçons et filles, après la sortie de l’école communale, sont des aides familiaux lorsque le temps des récoltes presse. Mais cet espace agricole n’est pas voué qu’aux cultures traditionnelles de faible rapport. L’évolution du début du XXe siècle montre des assolements en cultures industrielles, tabac, lin, chicorée à café, d’un excellent rapport et tournées vers l’exportation européenne. D’autre part, chacune de ces communes dispose de plusieurs industries (sucreries, distilleries, brasseries, malteries, séchoirs-torréficateurs de chicorée, industrie chimique) qui profitent du savoir-faire de ses ouvriers35. Enfin, la force de cette population, et particulièrement de ses jeunes, provient de l’école communale et de sa symbolique, le Certificat d’Etudes Primaires, rite de passage quasi obligé dans la campagne lilloise.

Cette école communale, pourtant, n’est pas égalisatrice. Les filles fréquentent l’école plus occasionnellement que les garçons au regard d’une statistique basséenne qui montre que 72,5 % seulement parmi elles sont assidues36. De plus, l’uniformisation du modèle, voulue par la loi républicaine, gage de qualité pour toutes les localités de France, n’est pas réalisée du fait que de nombreux enfants sont scolarisés dans des pensionnats comme ceux de La Bassée, de Fournes, de Sainghin ou de Beaucamps, voire de Lille, ou même en Belgique ou à Paris. Ces établissements, publics ou privés, sont ouverts à une clientèle large qui peut payer les pensions de ses enfants37. Le plus célèbre de tous ceux de cette campagne du sud-ouest lillois est le pensionnat public Gombert de Fournes38 qui permet d’obtenir des diplômes secondaires et supérieurs. Ces élèves pensionnaires ne fréquentent pas les autres enfants des communes ; ils forment un monde à part qui crée une vraie distorsion entre l’apprenti maçon Léopold Théry de Sainghin et le bachelier Raoul Loé de Fromelles39. Ces lycéens et ces étudiants ne sont pas des modèles pour le reste de la jeunesse puisque ces deux entités ne se fréquentent quasiment pas. Le groupe des moins de vingt ans exclut les plus scolarisés de ses membres.

2 – La marginalité des étudiants au sein des divers groupes de jeunesse
(théâtre et sport)

La campagne lilloise possède cette particularité, on vient de le voir pour le début du XXe siècle, d’avoir des oppositions internes. Mentalité patriarcale attachée à l’héritage de la puissance masculine, d’une part, et légère montée en gamme des femmes, souvent maintenues pourtant à des tâches ménagères ou domestiques, d’autre part ; c’est le cas des Verly. Ouvriers de la mine et femmes de service qui découvrent ou connaissent la ville, en opposition avec les individus qui, du début à la fin de leur existence, n’ont guère d’occasions de sortir de leur commune ; les Théry de Sainghin sont les témoins de ce contraste. Ascension possible, mais individuelle, selon les choix et les envies des maîtres d’école en regard des autres enfants des localités qui s’instruisent et obtiennent le seul diplôme de leur vie : le Certificat d’Études Primaires ; est vue, comme témoignage de cette méritocratie républicaine, l’ascension sociale d’un fils du planteur de tabac, Louis Vienne40. Mais il est une autre différence, encore, celle de l’intégration des jeunes gens, filles et garçons dans la vie communautaire et associative des villages et bourgades, et, parallèlement, la marginalité des étudiants au sein de ces divers mouvements. Car, si les mouvements de jeunesse sont un moyen d’emprise sur les jeunes, d’abord, et sur leurs familles, ensuite, les étudiants n’y participent pas. Ils ne font pas partie des équipes de théâtre ou de foot, les deux activités phare des grands jeunes gens du sud-ouest lillois durant ce premier XXe siècle.

Pour parler des pièces de théâtre avant la Grande Guerre, les jus comme on le disait alors en patois picard, il faudrait des documents et des traces qui ont aujourd’hui disparu. Pourtant, il est presque sûr que ces théâtres n’ont guère changé entre 1900 et 1940 selon les affirmations des personnes plus âgées interrogées il y a une quarantaine d’années41. Qu’en sait-on ? D’abord, un consensus semble préexister entre le clergé et les structures théâtrales des jeunes filles et des jeunes hommes des paroisses puisque l’habitude de jouer ensemble existe depuis longtemps. Ensuite, des séances théâtrales concurrentes ont lieu, les unes dirigées par le prêtre ou le vicaire, les autres par les dirigeants des clubs sportifs, toutes deux se réclamant de valeurs différentes, rendues visibles par le choix des thèmes des pièces jouées, religieux et moraux ici, plus extravertis là. Enfin, la ségrégation atteint surtout les joueurs de ces troupes théâtrales qui n’intègrent que des amateurs pouvant répéter plusieurs soirs par semaine, ce qui exclut automatiquement les étudiants pensionnaires.

Les étudiants n’assistent ni aux séances théâtrales du samedi soir et du dimanche après-midi42, ni aux réunions de jeunes proposées par le clergé catholique pour éduquer aux valeurs chrétiennes les jeunes gens et les jeunes filles des paroisses. En effet, les pensionnaires – et les étudiants sont en pension à cette époque – sont tenus de rester dans leurs établissements par périodes de deux mois, voire sur la totalité d’un trimestre, même si la pension ne se trouve qu’à quelques kilomètres du domicile parental. Les étudiants vivent, par conséquent, une situation marginale eu égard aux rassemblements instrumentalisés par les instances laïques ou catholiques des localités de la campagne lilloise au début du XXe siècle. Ce cloisonnement du monde étudiant est donc dû en premier lieu aux règlements internes de leurs collège, lycée, université et grande école, privés ou publics, mais aussi ensuite à leur vie à l’écart du groupe des jeunes de leur âge qui ne fonctionne pas selon les mêmes loisirs et les mêmes attentes, et finalement au fait que les étudiants sont une rareté, voire une marginalité dans un secteur géographique où les jeunes sont vite poussés au travail dès le Certificat obtenu43.

3 – Croisement de regards et mise en perspective :
l’École Supérieure Gombert de Fournes

Il est des établissements prestigieux : Lille et ses deux universités catholique et publique où se rendit Léon Bocquet, de Marquillies ; Paris et ses propositions nombreuses comme les Arts et Métiers où Louis Vienne, d’Illies, est devenu ingénieur ; Haffreingue, à Boulogne-sur-Mer, chez les Jésuites44, où les fils Delerue ont été scolarisés durant toute la Grande Guerre. Mais, dans la campagne lilloise, un établissement laïc, certes réputé auprès des familles de ses élèves, mais globalement inconnu ailleurs, attire beaucoup ; c’est le Pensionnat Gombert, installé à Fournes-en-Weppes. Cet établissement, pour reprendre la problématique du sport et du théâtre, à propos des loisirs des jeunes gens de la campagne, n’a rien à envier aux pratiques évoquées précédemment : des concours d’athlétisme ont lieu ; des mouvements gymniques sont exécutés par trois cents élèves placés ensemble dans une tenue sportive uniforme, sous le regard de l’inspecteur d’académie, du député et du directeur et des conseillers départementaux45 ; des journées entières sont consacrées uniquement aux concours de saut en hauteur, de longueur en tremplin, de courses en sac, de courses de 60 mètres, de parades de gymnastique, du tir à la carabine, de théâtre. Les parents sont conviés au déjeuner de ces jours festifs, ainsi que des anciens ayant acquis, depuis leur passage au Pensionnat, de hautes fonctions et qui viennent honorer de leur présence et de leur parcours professionnel les diverses cérémonies et discours de la fête.

Figure 2 : L’École supérieure professionnelle Gombert, installée à Fournes-en-Weppes.

Source : Carte postale datant de la reconstruction postérieure à la Grande Guerre. Archives privées.

Le but de Messieurs Gombert et Vercouttre, en réunissant pour ces cérémonies grandioses les étudiants, leurs parents et les notables du secteur, est bien sûr de montrer que la formation reçue au Pensionnat Gombert se doit d’être complète, autant celle du corps que celle de l’esprit, aussi bien les performances individuelles que les réussites en équipe, favorisant à la fois l’intelligence conceptuelle et l’habileté pratique. Ces objectifs sont propres à attirer et, en effet, bien que situés au cœur d’une zone agricole, les Etablissements Gombert ne reçoivent, parmi leurs élèves, que 10 % d’étudiants originaires de Fournes où le pensionnat est installé ; les autres 90 % viennent de loin et en train. Il n’est donc pas surprenant que le prospectus qui vante les avantages de l’Ecole Primaire Supérieure Gombert insiste sur « le service spécial de correspondance entre le pensionnat de Fournes et la gare de Wavrin avec les lignes de Lille à Béthune, d’une part, et de Lens à Armentières, d’autre part. Ces lignes mettent en correspondance directe avec Dunkerque, Calais, Saint-Omer et Hazebrouck, ainsi qu’avec Roubaix et Tourcoing. Un service d’omnibus est également établi en correspondance avec les trains d’Haubourdin46. » Là, comme dans les autres pensions lointaines ou dans les collèges de proximité, l’assiduité est très surveillée ; c’est encore une raison de plus expliquant le succès de ces établissements auprès des parents : l’étudiant est étroitement contrôlé dans ses déplacements, ce qui amène, pour les familles qui acceptent de payer une chère scolarité, l’assurance que, au moins, leur enfant est bien encadré.

Les étudiants du Pensionnat Gombert sont sous l’enseignement et la garde de laïcs spécialisés. Ailleurs, ce peut être des prêtres diocésains ou des Jésuites ; ici, comme il s’agit d’un établissement public, ce sont des professeurs et des surveillants profanes qui forment le corps d’encadrement de l’établissement. La rigueur est telle qu’une seule sortie trimestrielle est accordée aux élèves, mais avec la condition que les notes doivent être satisfaisantes pour obtenir ce sésame. Les sorties dites « de faveur » ne doivent être demandées que pour des motifs sérieux. Les étudiants qui sont autorisés à partir seuls les jours de congé reçoivent une feuille de route indiquant le jour et l’heure de la rentrée ; cette feuille doit être rapportée, signée par les parents. En chemin, les jeunes gens doivent bien se conduire, s’abstenir de chanter, de fumer, d’entrer dans les estaminets. Il leur est formellement interdit de prolonger la durée des congés : tout retard entraîne une punition rigoureuse47. Le suivi au Pensionnat Gombert fait donc partie des éléments du sérieux de cet établissement. Si les parents et les étudiants acceptent de telles contraintes, c’est que l’École Supérieure Professionnelle du Pensionnat Gombert de Fournes offre des formations de qualité. On y trouve des sections préparatoires aux Arts et Métiers, aux Ponts et Chaussées, aux Examens administratifs48 et même, après le bouleversement né de la Grande Guerre, une division spéciale49 créée à l’intention des jeunes gens dont les études ont été retardées ou contrariées par le conflit.

III. Les stratégies des communautés et des territoires
vis-à-vis du monde étudiant

Lorsque les occupants allemands partent de la campagne lilloise en octobre 1918 et que l’armistice de la Grande Guerre est signé, les habitants de la zone rouge réintègrent petit à petit, au gré des autorisations de retour, leur localité. C’est pour découvrir le désastre des lieux et la ruine des territoires. Il faut tout remettre en état. Cela commence, conjointement, par la réinstallation, d’abord, des mairies et des écoles. Il s’agit des redémarrages essentiels permettant une réappropriation de l’existence de chacun. Dans le sud-ouest de Lille, le premier objectif de réhabilitation est le pensionnat Gombert de Fournes. La stratégie des communautés villageoises en quête de nouvelle prospérité réside donc dans le repositionnement des études en général et des étudiants en particulier.

1 – La priorité à l’enseignement professionnel dans le monde étudiant
de la campagne lilloise

Comme le Pensionnat Gombert, pour accueillir ses étudiants, est dépendant des flux d’individus, des flux financiers et des flux de produits, il est essentiel que la logistique desservant l’établissement public soit rétablie au plus vite. La ligne ferroviaire d’intérêt local de Don à Fromelles, en passant par Fournes, dite aussi Train Michon, est la desserte obligée pour qui veut revenir étudier à l’École Supérieure Professionnelle50. Les autorités préfectorales confirment dès août 1919 que la voie sera « prochainement » remise en exploitation pour permettre aux élèves de se rendre dans la localité.

On en doute quand on lit, à la même date de l’été 1919, le rapport à l’Assemblée Nationale de M. Ragheboom concernant « la pénurie des moyens de communications entre Armentières et La Bassée, c’est-à-dire sur tout le front de bataille encore dévasté. Beaucoup ne peuvent s’y rendre à cause du long parcours qu’ils ont à effectuer entre les villes et ces endroits sinistrés. Ne pourrait-on mettre des automobiles à disposition pour éviter ainsi un trajet de trois heures pour aller et d’autant pour revenir ? Il y a des ponts détruits, vous ne pouvez pas rétablir les chemins de fer, mais vous pouvez établir des services d’automobiles. Nous savons que les travaux sont prévus c’est pourquoi nous demandons des automobiles51 ». Mais la voie ferrée ne suffit pas à faire redémarrer l’École supérieure, encore faut-il qu’elle soit debout et convenablement meublée pour accueillir les étudiants pensionnaires. Ce sont les réparations versées par l’État qui vont amener l’argent frais nécessaire au redémarrage du Pensionnat Gombert.

Comme les écoles spécialisées telles que l’École Supérieure de Fournes mettent du temps à redémarrer52, les familles aisées du secteur envoient leurs garçons et parfois leurs filles dans des pensionnats urbains moins détruits. La scolarité régulière y est rétablie plus rapidement et des diplômes plus élevés que le CEP peuvent ainsi être plus facilement obtenus par leurs enfants. La première marche est le brevet, la seconde est le baccalauréat, la troisième est le monde universitaire. Quelques uns passent à Lille ou à Arras les Brevets Elémentaire et Supérieur qui permettent de devenir instituteur. Ces redémarrages différenciés, lents dans la campagne détruite du sud-ouest de Lille, rapides dans les villes du Nord et du Pas-de-Calais, amènent peu à peu la perte de puissance des établissements ruraux importants du canton.

2 – L’étudiant bachelier dans la campagne lilloise du début du XXe siècle

La première partie du baccalauréat, classique ou moderne, a été passée par cinquante-trois candidats garçons provenant du sud-ouest de Lille (référence : le canton de La Bassée) durant les quatorze premières années du XXe siècle. La moyenne est de quatre candidats par an pour onze villages et bourgades. Le nombre diminue de moitié et avoisine les deux pour la seconde partie de l’examen. Le faible nombre des lauréats, dix-huit, implique un regard vraiment spécifique sur cette double épreuve. Quant aux filles, une seule candidate passe et obtient l’examen avant la Grande Guerre, et en plus avec une année d’avance et la mention AB ; il s’agit de Jeanne Solau, de La Bassée.

Commune

Bac 1ère partie

Classique

et moderne

CANDIDATS

REÇUS

MENTIONS

AB

B

TB

Bac 2de partie

Classique

et moderne

CANDIDATS

REÇUS

MENTIONS

AB

B

TB

TOTAUX

des
bacheliers

par

commune

du

canton

Aubers

2

2

1

1

Fournes

5

2

4

2

1 AB

2

Fromelles

4

3

2 AB

5

2

2 AB

2

Hantay

0

Herlies

4

1

1

1

1

Illies

0

La Bassée

25

12

2 AB

9

6

1 AB

6

Marquillies

2

1

2

2

2

Sainghin

7

4

1 AB

4

3

2 AB

3

Salomé

1

1

2

1

1

Wicres

2

0

Total  des candidats

53

24

5 AB

29

18

6 AB

18

Document 4 : Le baccalauréat de 1900 à 1913 dans le canton de La Bassée : résultats des garçons nés dans le canton et passant leur baccalauréat à Lille (possibilité qu’il y ait d’autres candidats nés ailleurs ou passant le baccalauréat ailleurs)

Source : ADN, 2 T 2868 à 2904

S’il l’on considère (document n° 4) les résultats d’ensemble des garçons candidats, on constate une faible réussite, seulement 50 % de reçus. Si l’on regarde à présent la répartition des communes d’où proviennent ces étudiants, on observe que le chef-lieu du canton est la ville du mieux-disant scolaire et culturel puisqu’elle cumule la moitié des postulants ainsi que la moitié des succès pour la première partie des épreuves et le tiers pour la seconde partie. La polarisation étudiante fonctionne à La Bassée en dépit du faible poids démographique et de la position excentrée de la bourgade. Confirmation de la hiérarchie53 de la ville par rapport aux dix communes environnantes, le baccalauréat est le signe du système bourg-centre où le chef-lieu de canton, bien que privé d’une fonction économique transcendante, reste l’endroit étudiant dynamique du secteur tandis que le reste du territoire cantonal est replacé dans son rôle d’hinterland moins ouvert et moins intégré. La prééminence socioculturelle de La Bassée, concrétisée ici par le nombre de bacheliers, en fait un réservoir de notabilités. D’ailleurs l’unique fille à obtenir aussi cet examen, Jeanne Solau, est originaire de La Bassée, preuve qu’une géohistoire étudiante genrée reste à écrire.

Deux communes de cette campagne lilloise possèdent population et activités économiques qui en font des rivales du chef-lieu. Il s’agit de Sainghin et de Salomé. Le nombre d’étudiants bacheliers dans chacune de ces localités rend compte de leur place dans l’échiquier culturel du canton : Sainghin a sept candidats à la première partie et trois reçus pour l’épreuve finale sur les quatorze années considérées. Eu égard aux six reçus de La Bassée, Sainghin est moitié moindre. Ni la richesse des marchands de beurre de Sainghin, ni sa proximité plus importante de Lille, ni les échanges intenses entre Sainghin et le reste de la zone nord européenne ne parviennent à donner, autant qu’à La Bassée, le goût et/ou la possibilité d’effectuer des études secondaires et supérieures. Quant à Salomé, sa population forte, liée à la présence immédiate des mines de Lens, n’est pas signe d’appel à étudiants. Un seul élève y devient bachelier avant la Grande Guerre. Ces deux bourgades secondaires ont donc une réelle existence économique mais elles ne sont pas des lieux d’émulation ni des interfaces de connaissances par rapport aux neuf plus petits villages du canton.

3 – L’étudiant dans le cadre de l’école républicaine et de la
formation cléricale : l’entrée dans un monde de notables

François Sauvage (1897-1987) est devenu pharmacien à La Bassée durant l’entre-deux-guerres. Rien ne semblait indiquer, durant sa jeunesse mouvementée, qu’il aurait acquis le bagage universitaire suffisant pour exercer en officine tant ses études ont bifurqué souvent :

François Sauvage est né à Lille en 1897 ; il se trouve orphelin très jeune ; Il est recueilli par ses grands-parents à Berclau (sud de Lille) où il suit sa scolarité à partir de 1905. Son Certificat d’études en poche en 1909, il est pris en charge – on peut dire adopté – par un entrepreneur basséen, monsieur Leleux. C’est sous sa protection que François Sauvage est introduit au collège Saint-François de Sales. [] François Sauvage, dans ses souvenirs, rapporte que les élèves de cet établissement étaient presque exclusivement des fils de cultivateurs aisés des environs, et de jeunes Basséens issus de la petite bourgeoisie locale. Quant aux enseignants, il en brosse un portrait pittoresque :

« Le chanoine Deschamps était un professeur et un orateur remarquable. Mais il était sujet à des crises de migraine épouvantables donnant lieu à des changements imprévisibles. On le voyait alors parfois s’amener en pleine étude avec un jeune chat dans sa poche, d’où l’hilarité de toute l’étude. D’autres fois, au contraire, il poussait des colères qui nous mettaient tous dans les transes. Comme professeur, il faisait le latin, l’anglais et le français en Troisième, Seconde et Première. »

François Sauvage change d’orientation au cours de sa scolarité. Ayant débuté une filière littéraire, il change d’objectif et se dirige vers l’école Ozanam et les Arts et Métiers. Il passe même le Brevet Elémentaire pour concourir à l’entrée de l’Ecole Normale. Alors qu’il n’envisageait pas une seconde de passer le baccalauréat, voilà qu’il passe un baccalauréat classique avant de partir vers les études qu’il a choisies : pharmacie54.

C’est donc par des études secondaires puis universitaires, dans le cadre de la formation cléricale puis de l’université républicaine, que François Sauvage a pu devenir étudiant en pharmacie. Si son parcours indique des approches hésitantes avant de décrocher le titre de docteur en pharmacie, il a toujours ressenti la motivation pour apprendre. Tel n’était pas le cas de ses condisciples qu’il juge sévèrement :

L’ensemble des élèves était surtout composé d’une part de fils de cultivateurs venus se dégrossir un an ou deux, et d’autre part de Basséens, fils de commerçants et de bourgeois qui, arrivés en Seconde, quittaient La Bassée pour aller passer leur bac à Marcq, Béthune, ou Douai55.

La méritocratie, républicaine ou cléricale, fonctionne. Durant le premier XXe siècle, dans la campagne lilloise, on peut être de milieu modeste et, aussi, devenir étudiant. Beaucoup, parmi ces bacheliers ou futurs universitaires, sont passés par les deux écoles, laïque et catholique, selon les conjonctures du moment. A l’intérieur de ces milieux ruraux, négociants ou ouvriers, voire bourgeois, le point commun, souvent, était l’idée républicaine mais accompagnée de manière utilitariste par le passage par l’école, le collège ou l’université privés, souvent indifféremment des convictions religieuses de chacun, mais de façon propice. Finalement, ces étudiants du sud-ouest de Lille, peu nombreux, étaient poussés à la fois par l’envie de savoir, le désir d’entrer dans un monde plus « notable » que celui d’où ils venaient, et par l’opportunité d’entrer dans l’établissement qui se présentait à condition qu’il leur permette de réaliser leurs vœux. Pour résumer, quels que soient les milieux considérés, il était plus facile de devenir bachelier que bachelière, étudiant qu’étudiante car les grandes délaissées de ces cursus secondaires et universitaires sont les jeunes filles pour qui l’heure n’est pas encore venue de poursuivre des études longues dans la campagne lilloise du début du XXe siècle.

L’identité étudiante dans la campagne du sud-ouest de Lille au début du XXe siècle est affirmée, certes, mais réservée à un petit nombre, et surtout à un petit nombre de jeunes gens. L’approche étudiante, telle qu’elle vient d’être analysée, participe donc de l’exclusion sociétale car cette communauté, prospère mais foncièrement inégalitaire, est un modèle de reproduction parentale masculine, les filles étant quasiment absentes du schéma, d’une part, et les enfants issus de milieux moins aisés devant compter sur une circonstance favorable pour démontrer que la méritocratie cléricale ou républicaine existe, d’autre part.

Les familles de ce territoire sont, du fait de leurs activités et des relations qui en découlent, très ouvertes sur la ville ; elles sont cultivées, voire lettrées et même internationalisées grâce aux contacts qu’elles entretiennent quotidiennement avec un monde en mouvement ; pourtant, les liens entre elles et le petit nombre d’étudiants issus de son sein sont ténus au point que l’enrichissement des unes par les autres n’apparaisse pas comme tangible.

La réalité de la condition étudiante, qui était déjà marginalisée au début du XXe siècle, va davantage s’accentuer durant la Grande Guerre qui a dispersé les familles, empêchant quasiment tout examen durant quatre, voire cinq années entières. La sortie de guerre va réenclencher une envie d’études secondaires et universitaires qui va s’avérer cependant difficile à réaliser du fait du gap financier des habitants de la zone rouge du front : ils ont tout perdu et, désormais, ils en viennent, eux qui se vantaient de leur aisance, à tout attendre de l’État, y compris pour permettre à leurs enfants d’étudier en ville.

Chantal Dhennin-Lalart,

Université du Littoral-Côte d’opale, Dunkerque


1 Philippe Marchand, Le travail des enfants au XIXe siècle dans le département du Nord, Lille, CRDP [Centre régional de documentation pédagogique], 1981.

2 Jean-François Condette, Histoire de la formation des enseignants en France (XIXe – XXe siècles), Paris, L’Harmattan, 2007.

3 Jean-François Chanet, L’école républicaine et les petites patries [préf. Mona Ozouf], Paris, Aubier, 1996.

4 Léon Bocquet, Le fardeau des jours, Paris, Albin Michel, 1924.

5 Félicien, Henri et Léon Verly, C’est là que j’ai vu la guerre vraie, Parçay-sur-Vienne, Anovi, 2006.

6 Paul Ricoeur, Du texte à personne : essais herméneutiques (1970-1999), Hambourg, 2005.

7 Jean-François Lyotard, La condition postmoderne, Paris, Minuit, 1979.

8 Theodor W. Adorno, Einleitung in die Soziologie, Francfort sur le Main, Suhrkamp, 1993.

9 Jacques Derrida, L’écriture et la différence, Paris, Seuil, 1967.

10 Laurie Laufer et Amos Squverer (dir.), Foucault et la psychanalyse : quelques questions à Michel Foucault, Paris-Diderot, Hermann, 2016.

11 Jean Laplanche, Entre séduction et inspiration : l’homme, Paris, coll. « Quadrige», PUF, 1999, p. 107.

12 Paul-Laurent Assoun, « La production de la jouissance : pouvoir et sexuel chez Foucault et Lacan », Université Paris-Diderot – UFR d’Etudes Psychanalytiques, Journée scientifique du CRPMS, Foucault et la psychanalyse : Histoire de la folie à l’âge classique, 50 ans après ?, 24 novembre 2012.

13 Plein Nord, 81, mars 1982 : déclaration d’Etat-civil de la naissance de Léon Bocquet en date du 12 août 1876, donnée in extenso dans l’article où il apparaît qu’aucun des quatre comparants et témoins ne sait signer.

14 Nord, revue de critique et de création littéraires du Nord – Pas-de-Calais, 41, juin 2003, numéro spécial consacré à Léon Bocquet.

15 Anne Mascarello, La revue Le Beffroi de Léon Bocquet (1900-1913), Saarbrücken, 1962, p. 27. Le « collège flamand » en question est le Petit Séminaire Saint-François d’Assise à Hazebrouck.

16 Jacques Landrecies, « Régionalisme en langue française vs langue régionale », Nord, revue de critique et de création littéraires du Nord – Pas-de-Calais, 41, p. 60.

17 N. A., « Les séminaires à Rouen jusqu’en 1900 », http://rouen.catholique.fr/diocese/services/services-vocations/les-seminaires-rouen-jusquen-1900/, consulté le 25 septembre 2016.

18 Georges Deroisy, Un petit séminaire dans les années 30, Jean Six, Edition non indiquée, juillet 1960.

19 Jacques Landrecies, « Biobibliographie », Nord, revue de critique et de création littéraires du Nord – Pas-de-Calais, 41, p. 7.

20 Philippe Lançon, « La place de la Flandre dans la poésie de Léon Bocquet », Nord, revue de critique et de création littéraires du Nord – Pas-de-Calais, 41, p. 9.

21 Achille Segard, « Les poètes du Nord », Le Beffroi, 1900, p. 5.

22 Jacques Landrecies, « Biobibliographie », op. cit., p. 7.

23 Ibid.

24 Yvonne Gille-Lecompte, entretiens réalisés par l’auteur, de 1975 à 1985, au domicile de l’interviewée, à Hallennes-lez-Haubourdin.

25 Yvonne Gille-Lecompte, Entretiens, op. cit.

26 Ibid.

27 Ibid.

28 Madeleine Delerue, entretiens réalisés par l’auteur en 1985-1990, au domicile de l’interviewée alors âgée de près de cent ans, rue de la mairie, à Illies.

29 Félicien, Henri et Léon Verly, C’est là que j’ai vu la guerre vraie, op. cit., p. 23.

30 Ibid., p. 54.

31 Ibid., p. 597

32 Ibid., p. 600.

33 Stéphane Audoin-Rouzeau, Combattre : une anthropologie de la guerre moderne (XIXe – XXIe siècle), Paris, Le Seuil, 2008.

34 Yves-Marie Hilaire, La vie religieuse des populations du diocèse d’Arras, 1840-1914, Villeneuve d’Ascq, Publications de l’Université de Lille III, 1977, tome I, p. XII.

35 AD Nord, M 650/89. Extrait du dépouillement cantonal du canton de La Bassée, arrondissement de Lille, en 1912.

36 Dorothée Huette, Les résultats du Certificat d’Etudes Primaires dans le canton de La Bassée de 1888 à 1914, Mémoire de maîtrise d’histoire, Université Charles de Gaulle, Lille III, sous la direction de Bernard Ménager, Juin 1996.

37 ADN, 2 T 2762, l’école de Sainghin.

38 ADN, 2 T 1372, le pensionnat Gombert de Fournes.

39 ADN, 2 T 2907 à 2905.

40 ADN, 1 T 89, Illies, 1900-1914.

41 Madeleine Delerue (1897-1996), entretiens avec l’auteur (1970-1995), op. cit.

42 Pascale Goetschel et Jean-Claude Yon (dir.), Au théâtre ! La sortie au spectacle, XIXe-XXIe siècles, Paris, Ed. de la Sorbonne, 2014.

43 Edith Dubus-Delerue, entretiens avec l’auteur, 1980-1990, à Laventie, rue Humbert.

46 ADN, 2 T 1372, prospectus du pensionnat Gombert à Fournes, p. 4.

47 Ibid.

48 Le Journal des Réfugiés du Nord, 489, 9 juillet 1919.

49 Le Journal des Réfugiés du Nord, 500, 16 août 1919.

50 Le Journal des Réfugiés du Nord, 499, 12 août 1919.

51 Le Journal des Réfugiés du Nord, 489, 9 juillet 1919.

52 Le Journal des Réfugiés du Nord, 487, 2 juillet 1919. Lettre d’Alexandre Crespel, député-maire de La Bassée, datée de juin 1919, à l’adresse des habitants de son canton.

53 Yann Lagadec, Jean Le Bihan et Jean-François Tanguy (dir.), Le canton, un territoire du quotidien ? Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2003, p. 15.

54 François Sauvage, Notes, texte non édité et non daté, dans Marc Verly, C’est là que j’ai vu la guerre vraie, op. cit., p. 34-36.

55 Ibid., p. 36-37.

Pour citer ce texte :
Chantal Dhennin-Lalart,"Approche de l’étudiant dans la campagne lilloise au début du XXe siècle", Figures de l’étudiant du Moyen Age au XXIe siècle, Motifs 3 (2019), p. 31-48 (http://revuemotifs.fr/?page_id=1385, consulté le 4/04/2020).