Le geste de l’hoplite dans la phalange oblique

 

 

 

Marie-Hélène Delavaud-Roux                      (Télécharger le texte intégral au format )

Parler du geste de l’hoplite dans la phalange oblique renvoie à la guerre grecque qui s’est insérée comme l’a montré V. D. Hanson dans le modèle occidental de la guerre1. Définissons tout d’abord ce qu’est un hoplite. Il s’agit d’un soldat d’infanterie lourde, armé d’une cuirasse, d’un casque, d’un bouclier, d’une langue ou pique, de cnémides. Cet armement pèse entre 15 et 20 kg. Ce soldat d’infanterie lourde porte son nom en raison de son bouclier rond, hoplon, équipé de deux poignées, l’antilabè et le porpax. Cet équipement permet de mieux maintenir le bouclier que si on le tenait avec une seule poignée comme on le faisait auparavant. Se tenant dans la main gauche, puisque les hoplites étaient tous droitiers, il laisse à découvert le côté droit. Chaque soldat tend naturellement à rechercher la protection offerte par le bouclier de son voisin et donc à se serrer contre lui. Une phalange hoplitique, disposée en plusieurs lignes, est donc très soudée de ce fait. Les points les plus fragiles restent les extrémités du groupe, plus découvertes. En outre, les soldats qui se trouvent à l’extrême droite supportent toute la pression puisque la poussée du groupe s’opère dans ce sens. Et tout naturellement, c’est l’aile droite qui engage le combat. Ce mode de combat s’est instauré progressivement, mais cette progression n’a pas été mise en évidence immédiatement par les historiens puisqu’on parlait avant les années 1950/1970 de « révolution hoplitique » au VIIe S. av. J.-C. Il repose sur un ou plusieurs gestes comme tenir son bouclier et sa lance de diverses manières. Au IVe S. av. J.-C. les Thébains épaminondas et Pélopidas créent de toutes pièces d’après les textes anciens (Xénophon, Diodore de Sicile, Plutarque) un nouveau type de phalange dit oblique : on attaque par l’aile gauche au lieu de l’aile droite et l’on se déplace obliquement vers la gauche, sur une disposition qui offre jusqu’à cinquante rangs de profondeur supplémentaire. Le geste de l’hoplite reste a priori le même mais il change de nature puisque la poussée du groupe s’exerce maintenant dans l’autre sens. Cependant, son étude amène beaucoup de questions : comment est-il possible de se diriger vers la gauche quand on est droitier sans être déséquilibré par le poids du bouclier en raison de la poussée qui s’exerce maintenant vers la gauche ? Comment venir à bout du groupe adverse dans une formation qui peut s’avérer parfois encore plus fragile que la phalange normale ? Pourquoi cette innovation technique reste-t-elle sans lendemain ? Que signifie l’expression loxè phalanx dans les textes plus tardifs comme les Traités de tactique du Ier/IIe S. de notre ère, jusqu’aux divers traités de tactique byzantins où elle figure et ces textes peuvent-ils nous éclairer sur une période plus ancienne, celle qui nous intéresse ici ?

On s’intéressera d’abord à l’historiographie du sujet avant d’apporter notre contribution par une nouvelle lecture des textes, confrontée à quelques représentations figurées de la danse pyrrhique.

I- Historiographie du sujet

1- L’intérêt pour l’étude du geste

Ce sont les historiens, les anthropologues, les préhistoriens qui se sont intéressés en premier à l’histoire du geste sans se pencher particulièrement sur celle des gestes guerriers. Tout d’abord l’historien Marc Bloch dans son ouvrage Les Rois thaumaturges, paru en 1924, qui étudie les rites qui entourent les actes miraculeux que l’on attribuait au roi de France, notamment le toucher des écrouelles2. Puis M. Mauss, considéré comme le père de l’anthropologie française, dans un article intitulé “les techniques du corps” publié en 1936 a mis l’accent sur l’acte imitateur3. Ensuite, le préhistorien A. Leroi-Gourhan a consacré une partie de ses travaux à l’anthropologie des techniques. Dans son ouvrage Le geste et la parole, publié en 3 vol. en 1964, il note que la préhension existe déjà chez les arthropodes, notamment chez le crabe dont la première paire de pattes a évolué en pinces, mais qu’elle reste liée à la capture et à la préparation alimentaire4. C’est l’évolution qui s’est faite chez les Vertébrés qui a permis à la préhension d’accomplir d’autres fonctions5. Leroi-Gourhan considère que l’adaptation de la charpente corporelle à la marche en bipédie de la famille anthropienne a libéré les membres antérieurs :

la main est composée des mêmes parties que celle des singes, mais par ses proportions et ses possibilités, elle s’en écarte définitivement de façon considérable »6. L’utilisation puis la fabrication d’outils marquent encore une étape, celle de la main en motricité indirecte, car le geste moteur se trouve ainsi libéré dans une machine manuelle qui le prolonge ou le transforme »7. Mais il faut encore toute une évolution pour que la préhension s’applique à des actes de guerre et se distingue d’une simple agression : « Entre la chasse et son doublet, la guerre, une subtile assimilation s’établit progressivement, à mesure que l’une et l’autre se concentrent dans une classe qui est née de la nouvelle économie, celle des hommes d’armes »8.

Les recherches sur le geste ont été revivifiées dans les années 1970, de pair avec un intérêt croissant pour le corps. On peut citer des noms tels que M. Foucault, G. Vigarello, J.-C. Schmitt…9 Notons la définition proposée par l’anthropologue Marcel Jousse dans L’Anthropologie du geste : « Le geste, c’est l’énergie vivante qui propulse cet ensemble global qu’est l’Anthropos : Vita in gestu. C’est bien une chose qui joue, qui rejoue et que nous pouvons enregistrer […] Nous ne disons pas que l’homme n’est fait que de gestes, mais il n’a, comme mécanismes sous-jacents, que des gestes. Même sa vie intérieure est sous-tendue par des complexes moteurs»10. Son étude extrêmement riche et complexe, bien qu’ayant pour objet principal d’études la «société palestinienne», s’intéresse à plusieurs reprises à la civilisation grecque antique11 mais jamais aux aspects guerriers. Nous ne pouvons donc l’utiliser, sauf pour le problème du bilatéralisme que nous développerons plus loin.

Actuellement les études sur le geste, qu’il s’agisse de celles de sociologues (par exemple Bromberger), d’historiens (en témoignent les Rendez-vous de l’histoire à Blois en 2009 dont le thème portait sur Le corps dans tous ses états12), de littéraires ou de linguistes restent très présentes.

2- L’étude de l’histoire du geste de l’hoplite

Parallèlement, l’histoire du geste de l’hoplite s’est d’abord inscrite dans la perspective d’une histoire événementielle dans laquelle primait l’étude de la tactique militaire. L’Histoire grecque de G. Glotz et R. Cohen, publiée entre 1925 et 1938, constitue un bon exemple de cette tendance13. Les différentes batailles y sont décrites minutieusement ainsi que leurs motivations politiques mais aucune étude n’est menée sur les thématiques de la guerre. Il en va de même pour les premières études sur la bataille de Marathon14. Dans cette perspective, on considérait que la révolution hoplitique était née ex nihilo au VIIe s. av. J.-C. Ce n’est aussi qu’à partir des années 1950 et plus encore à partir des années 1970 que l’on se préoccupe de la sociologie de la guerre. Dans les pays anglo-saxons, cette réflexion a débuté dès 1947 avec l’article d’H. L. Lorimer intitulé « The Hoplite Phalanx » qui traite des rapports entre l’armement et la société et conduit à remettre en cause le concept de “révolution hoplitique” au profit d’une évolution relativement lente de l’armement, du mode de combat et des pratiques sociales15. À partir de 1964, A. Snodgrass réétudie les problèmes liés à l’armement et au combat grâce à ses compétences d’archéologue16. Viennent ensuite les travaux plus récents de J. Keegan (1976), J. Latacz (1977) et de H. Van Wees (1992)17. En France, A. Aymard publie deux ouvrages inscrits dans le temps de la « longue durée », dans la lignée de F. Braudel18, et des séminaires thématiques sur la sociologie de la guerre, publiés post-mortem19. Quelques années plus tard, J.-P. Vernant et M. Détienne éditent un recueil d’articles, ensemble de contributions des divers spécialistes de la question, qui se situe aussi dans une perspective thématique20. Enfin, très inspiré par Keegan, V.D. Hanson a écrit une étude sur les rapports entre guerre et l’agriculture (1980)21 et Le Modèle de la guerre occidentale, qui démontre que la guerre grecque antique est à la base du type de guerre pratiqué dans le monde occidental jusqu’à une époque récente (1989)22. Ce dernier ouvrage permet de revivre les conflits de l’Antiquité grecque à la manière d’un jeu de rôle : y sont présents le poids de l’armement, la sensation du combattant d’infanterie lourde pris dans la masse de la phalange, les odeurs, les bruits des armes, les cris, les blessures. Nous n’avons naturellement inclus que les ouvrages qui traitent du mode de combat hoplitique. C’est dans une perspective qui tient compte de tous ces apports issus de l’anthropologie que s’inscrivent les travaux de P. Brun, d’une part son ouvrage sur la bataille de Marathon23, d’autre part les deux émissions télévisées « Au nom d’Athènes » présentées sur Arte en novembre 2012, auxquelles P. Brun a également participé24. Le modèle est donc représenté par une phalange où l’hoplite est naturellement amené à se déporter vers la droite puisqu’il recherche la protection du bouclier de son voisin et où l’on attaque par l’aile droite.

3- L’intérêt pour la phalange oblique

L’intérêt pour la phalange oblique, où l’on attaque par l’aile gauche – modèle qui connut une vie éphémère, limitée à la carrière d’Épaminondas – est moindre. W. K. Pritchett, qui s’est d’abord intéressé à la phalange traditionnelle25, a ensuite étudié la phalange oblique, notamment la profondeur de ses rangs, qui est beaucoup plus importante. Il démontre que bien avant Leuctres les Grecs avaient expérimenté et constaté les avantages d’une phalange plus profonde (formation idéale dans un espace restreint, qui augmente la vitesse de charge et améliore la confiance en soi)26. P. Lévêque a considéré la phalange oblique sous un autre angle, celui de l’attaque par l’aile gauche. Ce type de tactique était impensable auparavant car la gauche était perçue comme le mauvais côté. Lévêque a mis en évidence toute une évolution qui conduit les Grecs de l’époque classique à accepter que le côté gauche soit aussi bon que le côté droit, notamment chez le pythagoricien Philolaos, et des philosophes comme Platon et Aristote27. Il a aussi montré l’erreur de traduction de Hatzfeld pour apo tou euônumou keratos: il faut traduire par « vers la gauche » et non par « vers la droite »28 : dans la phalange oblique, le mouvement de l’hoplite s’inverse ; il a dès lors tendance à se déporter vers la gauche. V. D. Hanson, outre son Modèle occidental de la guerre, fondé sur une reconstitution phalange hoplitique traditionnelle, a aussi consacré un article à la phalange oblique29. Il y démontre que cette dernière n’est pas une révolution mais que ce modèle était déjà en gestation depuis la fin du Ve s. av. J.-C. Il est certain pour lui que le changement est apporté par le fait de marcher vers la gauche30.

Notre propre questionnement s’appuie sur les acquis des chercheurs précédents mais avec pour but de reconstituer d’une part le mouvement de l’hoplite, d’autre part son geste afin de se demander si ce dernier demeure identique d’une phalange à l’autre. Il s’agit de lire les textes anciens de la manière la plus fine possible, puis de les confronter aux représentations de soldats en bataille rangée et de pyrrhique qui permettent de matérialiser ces mouvements.

II- Lecture des textes

1) Préliminaires

Avant de parler de la phalange, évoquons d’abord le combat de groupe. L’Iliade révèle l’existence du combat de masse au chant VIII, 60-6531 , XIII, 125-135 et Iliade XIII, 151-153 (textes 1 et 2), XVI, 211-22032. Certains historiens ont utilisé ces textes pour dire que la phalange hoplitique n’était pas née ex nihilo mais résultait d’une évolution. En effet le bouclier homérique n’est pas encore le bouclier rond de l’hoplite. L’armement ne change pas subitement au VIIe siècle mais évolue. On connaît bien avant le VIIe siècle le bouclier rond mais on le brandit à bout de bras en le tenant en son centre. Ce n’est que progressivement que vient l’idée d’équiper le bouclier d’une seconde prise, placée à son bord. Et ce n’est aussi que peu à peu que disparaît le vieux bouclier à lanière de suspension car celui-ci comporte des avantages, notamment une plus grande liberté des mains. Pour que l’hoplon l’emporte, il faut que son efficacité soit jugée plus grande que celle de l’ancien bouclier. Et l’hoplon n’est d’ailleurs pas le seul bouclier utilisé aux époques archaïques et classiques : on rencontre assez fréquemment sur les représentations figurées, un bouclier plus allongé avec deux échancrures ou bouclier « en huit ».

C’est donc l’hoplon avec l’antilabè et le porpax qui fait l’hoplite. Cet hoplite, on le voit en action dans la bataille de Marathon (texte 3). Au sein de chaque armée, les divers groupes s’installent à la place qui doit être la leur suivant une espèce de protocole tacite : les escadrons locaux se regroupent à la droite de la ligne de bataille (par exemple les Mantinéens lors de la bataille de Mantinée de 418 av. J.-C., cf. Thucydide, V, 67, 2), qui constitue la place d’honneur mais aussi la place la plus risquée car les personnes installées à l’aile droite doivent résister à la poussée latérale venue de leur gauche, qui risque de les séparer de la phalange, tandis que les troupes alliées s’établissent au centre et à gauche. L’aile gauche, bien que passant pour une position de mauvais augure, semble considérée comme une position non négligeable, impliquant un rôle au niveau du commandement, puisqu’à la bataille de Platées Tégéates et Athéniens se la disputent (Hérodote, IX, 26).

2) Réflexion sur ce qu’est la phalange oblique à travers Xénophon, Diodore, Plutarque (textes 4 à 7)

La profondeur des rangs de la phalange oblique est mentionnée chez les trois auteurs. On trouve aussi le texte d’Enée le tacticien qui emploie l’expression plagia phalanx, parallèlement à loxè phalanx. La plagia phalanx est une phalange oblongue, avec plus d’hommes de front que de côté. Alors qu’une phalange traditionnelle comporte en général entre 8 et 12 rangs d’hoplites disposés sur une longueur d’environ 300 mètres, les Thébains préfèrent réduire cette longueur pour privilégier la profondeur : ainsi, lors de la bataille de Délion (424 av. J.-C.), les hoplites thébains sont regroupés en 25 rangs. En 371, à Leuctres, Épaminondas parachève cette technique traditionnelle puisqu’il agence ses soldats sur 50 rangs. Il organise une attaque par l’aile gauche puis fait marcher ses soldats vers la gauche obliquement d’où le nom (loxê phalanx), que l’on ne trouve pas chez Xénophon mais chez Diodore et chez Plutarque.

En admettant que la phalange oblique soit une création d’Épaminondas, l’idée d’attaquer l’ennemi non plus de front mais par un côté n’est pas née d’un coup dans le cerveau de celui-ci33. Ce dernier a probablement observé certains mouvements involontaires de la phalange, à savoir sa tendance à se tourner vers l’aile droite, et il a essayé d’en tirer parti. D’abord, il a sans doute tenté d’attaquer l’ennemi de flanc en le débordant sur son aile gauche. Puis il a donné à l’aile gauche un rôle de premier plan dans l’attaque, désarçonnant ainsi ses adversaires à Leuctres, puisque ceux-ci attendaient une attaque de l’aile droite. Mais ce changement n’a été possible que grâce à une évolution des mentalités dans laquelle les philosophes pythagoriciens ont joué un rôle non négligeable en démontrant qu’il n’y avait pas de raison de privilégier davantage le côté droit que le gauche34.

Ceci nous amène à réfléchir sur le bilatéralisme, et tout d’abord celui des objets. Dans L’Anthropologie du geste, M. Jousse écrit :

En soi, il n’y a pas d’objet de droite ou de gauche, mais l’Anthropos les fait de droite et les fait de gauche. Dès lors, le monde se montre à lui comme faisant partie de son être bilatéral. Dans les différentes civilisations les objets sont ainsi partagés […] Dans le détour des siècles, et dans ce milieu palestinien auquel nous nous sommes attachés, nous voyons ces questions de la droite et de la gauche prendre une importance déconcertante. Toute une métaphysique bilatérale s’est créée qui était formulairement traditionnelle au temps de Ieshouah. De là quand on voudra distinguer quelqu’un qui a été partagé parmi les préférés, on le mettra à droite […]. Les gestes sont différents selon les milieux ethniques, mais analogues en ce sens qu’ils sont consacrés par la tradition comme comportant des choses permises ou pas […] Le jeu redoutable de la gauche s’est algébrosé, dans notre langue française, dans le terme latin ‘sinistre’ où nous ne percevons ni le geste ni le sens néfaste de la main gauche35.

Ces quelques lignes ne s’appliquent pas spécialement à la mentalité grecque mais permettent cependant de l’éclairer, en les confrontant aux propos de P. Lévêque et P. Vidal Naquet. Les historiens prennent soin de rappeler que dans les poèmes homériques, « la droite est toujours le côté de la force active et de la vie ; la gauche le côté de la faiblesse passive et de la mort »36. Se fondant ensuite sur les travaux de J. Cuillandre qui a également établi une liaison entre ces indications et celles des anciens Pythagoriciens, ils estiment que ces derniers ont également marqué la pensée grecque de l’époque classique37. Il a donc fallu toute une évolution pour mieux considérer le côté gauche, et notamment la théorie du Pythagoricien Philolaos de Crotone sur l’unité et l’homogénéité de l’espace38, ainsi que les propos de Platon qui s’en font l’écho39. Il y a donc une mutation intellectuelle qui rend possible la mise en place de la phalange oblique40. Le même Platon applique ces réflexions aux soldats et veut qu’ils soient capables de tenir leurs armes aussi bien de la main droite que de la main gauche41. Il souhaiterait aussi que les femmes puissent apprendre le maniement des armes.

Ces derniers propos appellent quelques questions de notre part. Malgré cette évolution, on constate que l’armée grecque est restée foncièrement une armée de droitiers et une armée masculine. Il n’a jamais été question de remettre en cause les principes de base. Comment une telle armée peut-elle se déplacer vers la gauche alors que l’armement et le groupement en formation serrée la déportent naturellement vers la droite ? Elle crée bien sûr un effet de surprise par l’attaque de l’aile gauche quand tout le monde s’attend à voir surgir l’aile droite. Mais comment peut-elle être efficace passé ce premier moment ?

3) Une phalange oblique est-elle avantageuse du point de vue de la
tactique militaire ?

Tournons-nous à nouveau vers V. D. Hanson. Ce chercheur part d’emblée du principe qu’Épaminondas n’a rien inventé à Leuctres en 371, lors du célèbre affrontement qui vit la défaite des hoplites spartiates face à l’infanterie thébaine et où était censée avoir été mise en œuvre pour la première fois la phalange oblique42. Les Thébains avaient expérimenté une phalange profonde depuis la bataille de Délion en 424 av. J.-C. Une attaque par l’aile gauche avait été lancée par les Corinthiens contre les Athéniens à Solygeia plus d’un demi-siècle avant Leuctres43. Et quant à l’attaque oblique en marchant vers la gauche, elle est la seule position possible en fonction « des formations adoptées avant la bataille par les camps respectifs »44. Cette évolution s’avérait-elle plus efficace militairement parlant ? Hanson remarque que « pour Épaminondas, une fois assurée la collision entre les troupes d’élite, il n’y avait aucune garantie que sa propre phalange compacte de Thébains parviendrait à transpercer la phalange ennemie avant de subir une attaque de la ligne spartiate plus longue et mobile, aucune garantie non plus que dans une telle collision, lui, plutôt que Cléombrotos, survivrait à l’épreuve. Car, en un sens, Épaminondas, comme Agésilas à Coronée, « plutôt que d’assurer la victoire, orchestra simplement une collision brutale et déterminante, et ce furent les troupes d’élite respectives qui décidèrent de l’issue de la bataille dans son ensemble »45. Cependant plusieurs victoires ont été remportées avec cette tactique. On peut donc dire que la phalange oblique a été efficace à Leuctres et également à Mantinée malgré la mort d’Épaminondas lors de cette dernière bataille. Cependant, elle n’est plus employée après la disparition d’Épaminondas : en effet elle reste très vulnérable aux attaques de flanc ou d’arrière. Il faut attendre les hoplites macédoniens pour que la phalange devienne plus résistante.

4) La phalange oblique dans les textes tardifs

Les textes plus tardifs ne peuvent donner des indications sur un devenir de la phalange oblique puisque cette dernière disparut très vite après la mort d’Épaminondas en 362 av. J.-C. Peuvent-ils aider à une meilleure compréhension des documents textuels et iconographiques précédemment évoqués ? Si l’on interroge le TLG ou thésaurus de la langue grecque46 aux mots tronqués lox* et phalag*, on obtient 22 occurrences, sur lesquelles il faut enlever deux citations de Galien ayant trait au sens anatomique de la phalange. Sur les vingt occurrences restantes, nous donnons trois exemples. Le célèbre Arrien (fin Ier s. et IIe s. ap. J.-C.), évoque dans ses Tactica les anciennes formations des soldats grecs. Il énumère ainsi la phalange droite et la phalange oblique puis quatre autres dispositions de l’armée :

δὲ φάλαγξ ἐστί τις, καὶ ὀρθία φάλαγξ ἄλλη, καὶ
λοξὴ φάλαγξ, καὶ παρεμβολή, ἔτι μὴν πρόσταξις <καὶ ἔνταξις> καὶ ὑπόταξις.

Il y a une phalange, et une autre phalange droite ainsi qu’une phalange oblique, et la parembolè (fait d’intercaler des soldats de renfort dans les rangs), et en outre la prostaxis (adjonction d’un corps de troupe à une aile), l’entaxis (fait de mêler des soldats de troupe légère aux rangs des hoplites) et l’upotaxis (position en arrière)47.

Citons Elien le tacticien (fin Ier s. début IIe s. ap. J.-C.), également auteur de Tactica, où une énumération comparable est formulée sous forme de questions :

(90.) Τί ἐστι πλαγία φάλαγξ καὶ τί ὀρθία.
(91.) Τί ἐστι λοξὴ φάλαγξ.
(92.) Τί ἐστι παρεμβολή.
(93.) Τί ἐστι πρόσταξις.
(94.) Τί ἐστι ἔνταξις.
(95.) Τί ἐστι ὑπόταξις.

Qu’est-ce que la phalange oblique et qu’est-ce que la phalange droite ?
Qu’est-ce que la phalange oblique ?
Qu’est-ce que la parembolè ?
Qu’est-ce que la prostaxis ?
Qu’est-ce que l’entaxis ?
Qu’est-ce que l’upotaxis ?48

Là aussi, le but du traité de tactique est d’évoquer les manœuvres gréco-macédoniennes, et quelques éléments purement grecs comme la phalange oblique. Dernier exemple, La Souda, dictionnaire byzantin du Xe s. de notre ère, évoque une formation interchangeable où la droite et la gauche semblent n’avoir aucune importance. Ce qui compte c’est l’asymétrie de la disposition des soldats.

Λοξά: σκολιά, καμπύλα, οὐκ ἐξ εὐθείας γινόμενα.

(672.) Λοξὴ φάλαγξ, ἡ τὸ μὲν ἕτερον κέρας, ὁπότερον ἂν προῄρηται, πλησίον τῶν πολεμίων ἔχουσα καὶ ἐν αὐτῷ τὸν ἀγῶνα ποιουμένη, τὸ δὲ ἕτερον ἐν ἀποστάσει δι’ ὑποστολῆς ἔχουσα: δεξιὰ μὲν ἡ τὸ δεξιὸν προβεβλημένη, λαιὰ δὲ ἡ τὸ λαιόν. ἐν Ἐπιγράμμασι: δερκομένη λοξαῖς οἷα Λάκαινα κόραις.

Oblique : tortueux, courbe, et n’étant pas en ligne droite

Phalange oblique : une aile, n’importe laquelle des deux, est préférée, proche des ennemis, et à partir de laquelle le combat se fait, tandis que l’autre aile est tenue en réserve et à distance ; la [phalange] droite [a l’aile] droite placée en avant, la [phalange] gauche [a] la gauche. Dans les épigrammes : regardant obliquement comme la Spartiate [le fait] avec ses pupilles49.

Nous sommes encore dans une évocation du passé mais les rédacteurs du Xe s. semblent ne plus bien comprendre ce qu’est exactement la phalange oblique.

III- Confrontation avec l’iconographie

1) Les hoplites et pyrrhichistes sont tous des droitiers

Nous ne possédons pas de représentation iconographique de phalange oblique, seulement des peintures de céramiques représentant la phalange hoplitique normale. À ces images, nous pouvons associer les scènes de pyrrhique masculine, bien que ces dernières figurent rarement des danseurs en groupe. Mais la confrontation avec les images pose d’emblée un gros problème d’ordre méthodologique. Dans son étude sur la pyrrhique jusqu’à l’époque romaine, très complète, P. Ceccarelli a ajouté quelques représentations figurées au corpus iconographique que nous avions dressé50 mais aucune de ces images ne se rapporte au IVe s. ni à la Béotie. Le gros apport de P. Ceccarelli a été d’étudier un nombre plus important de textes, avec plus de finesse, que nous ne l’avions fait dans notre thèse51 et d’intégrer un abondant corpus épigraphique dont la majeure partie remonte à la fin du IVe s. av. J.-C. ou est postérieur. Aucune inscription ne date de l’époque d’Épaminondas et ne provient de Béotie. Aucun texte littéraire nous informe sur une pratique thébaine de la pyrrhique. Nous n’avons aucune preuve matérielle que la pyrrhique pouvait être dansée en Béotie. En l’absence de nouvelle découverte archéologique, épigraphique ou manuscrite, il reste très difficile d’établir un parallèle entre la phalange oblique et l’iconographie de la pyrrhique dans ces conditions. Cependant, les représentations figurées athéniennes du Ve s. peuvent nous renseigner sur la latéralisation des pyrrhichistes. Ces derniers, qu’ils soient hommes, femmes ou satyres sont tous droitiers. Si l’on se limite à l’iconographie des positions masculines, on remarque la variété des positions mais jamais de remise en cause du principe d’être droitier. Les images confirment les textes littéraires qui présentent la droite comme le bon côté. Elles révèlent que l’on répétait à Athènes en vue des concours des Panathénées les figures d’une danse nommée pyrrhique qui avait pour but d’entraîner les soldats aux manœuvres de la phalange hoplitique traditionnelle, laquelle était portée naturellement à se déporter vers la droite. Ces peintures de céramiques sont presque toutes des duos ou des solos52, et seuls les reliefs, peu nombreux, évoquent des figures de groupe53. Mais le problème reste identique. Si l’on élargit ce corpus aux représentations de phalanges en combat, on constate également que, depuis la fameuse olpè Chigi54, les images ne montrent que des droitiers.

2) Des mouvements vers la gauche

Aucune image n’est conservée pour la phalange oblique, et ne nous ne savons même pas s’il en a existé. Les textes littéraires et leurs commentateurs insistent sur la nouveauté que représente le fait de marcher vers la gauche. Notons que ce type de déplacement n’est pas aisé à réaliser : si la phalange doit se diriger vers la gauche, la poussée du groupe déporte naturellement vers la droite. Comment y parvenir cependant ? Faut-il imaginer de changer de latéralisation ? Platon prônait de devenir ambidextre ou bien gaucher, notamment dans le maniement des armes, en cas de nécessité55. Mais cet idéal semble impossible à réaliser.

Cela veut-il dire qu’il n’y avait jamais de gauchers dans les armées grecques antiques ? Voici le point de vue d’Hanson : «On ne tenait pas compte des gauchers, mais cela posait peu de problèmes, puisque ce que l’on exigeait essentiellement d’un lancier était la force plutôt que la dextérité : le but n’était pas d’atteindre la cible mais de la pénétrer »56. Donc d’après lui, il existait quelques gauchers dans l’armée même si tout dans la civilisation grecque poussait à devenir droitier. Ces derniers auraient-ils pu être valorisés dans une phalange oblique ?

Dans une phalange normale, la difficulté d’un droitier se posait surtout s’il était placé aux extrémités. À l’extrême droite il devait être assez solide (forte musculature des quadriceps combinée à de bons tendons d’Achille, afin de bien plier les jambes) pour résister à la pression de ses camarades contre lui. À l’extrême gauche, il devait rester proche de ses compagnons. On peut donc imaginer qu’une phalange oblique se déplaçant vers la gauche pouvait avoir avantage à disposer des gauchers sur ses extrémités, ou au moins des personnes ambidextres, qui avaient alors plus de facilités à résister à une pression venant de la droite. Cependant cette poussée ne pouvait pas s’exercer exactement de la même façon puisque la plupart des soldats étaient des droitiers. Et l’on peut aussi concevoir que cette armée ne comportait que des droitiers parce qu’il y avait eu normalisation de la latéralisation par l’éducation grecque. Il y avait donc, puisque l’on restait droitier, nécessité de changer le poids du corps pour aller vers la gauche et nécessité d’être encore plus fort pour résister à une poussée qui venait de la droite et s’exerçait vers la gauche. L’intérêt de la base d’Artabos est de montrer des danseurs de pyrrhique droitiers qui se déplacent vers la gauche, comme le montre l’orientation de leurs pieds57. Cette phalange orchestique semble moins soudée qu’une phalange traditionnelle.

Il faut enfin se demander si le bouclier peut devenir dans ce cas une arme offensive. J. K. Anderson estime que dans la phalange traditionnelle, on ne peut éliminer le bouclier des armes offensives car il joue un grand rôle dans l’othismos (la poussée de phalange)58. En conséquence, on en déduit que si l’on est en situation de phalange oblique, et si l’on décide de réagir en gaucher alors que l’on est droitier en changeant lance et bouclier de main (l’existence de cette pratique n’a cependant jamais été prouvée), le bouclier aurait alors joué un rôle plus important que la lance, puisque cette dernière aurait alors été tenue dans la main la moins forte. Mais les textes n’ont présenté à notre avis aucun indice dans ce sens. Nous avons bien affaire à des soldats qui restent droitiers. On peut chercher des éléments de réponse en pratiquant l’archéologie expérimentale comme le font E. Teyssier et B. Lopez avec un groupe de garçons spécialisés dans les combats de gladiateurs, qui expérimente depuis peu les manœuvres hoplitiques59.

Au terme de cette enquête, il reste acquis que la phalange oblique a été une conquête très éphémère puisqu’elle n’a pas duré au-delà de ses promoteurs, Pélopidas et Épaminondas. Elle a été jugée certainement plus performante que la phalange traditionnelle mais a ensuite été supplantée par la phalange macédonienne, dont l’apport principal reste l’utilisation de la sarisse, lance ou pique d’une longueur variant de 4,60 m à 5,59 m60. Avec les Macédoniens, le geste de l’hoplite change encore puisque la sarisse doit être obligatoirement tenue dans les deux mains en raison de sa longueur et de son poids. La phalange oblique est donc le dernier stade d’évolution de la tactique militaire des régiments d’infanterie lourde équipés d’une lance dont la longueur était comprise entre 1,20 m à 2 m de long. Elle n’implique pas de changement de latéralisation, les soldats restant toujours droitiers, mais elle rend le geste de l’hoplite plus malaisé dans la mesure où la poussée du groupe ne s’exerce plus de la même manière. Il faut être encore plus entraîné que dans une phalange traditionnelle pour pouvoir adopter une telle formation. Cette évolution technique a donc bien servi Épaminondas et Pélopidas quand ils ont entrepris de réformer l’armée thébaine afin de chasser de leur forteresse les Spartiates qui les avaient envahis en 382 av. J.-C.

Corpus textuel

I- Rappel sur le combat en masse

Texte 1 : Iliade XIII, 128-131 (extrait plus large ici, 126-135)

ἀμφὶ δ᾽ ἄρ᾽ Αἴαντας δοιοὺς ἵσταντο φάλαγγες

καρτεραί, ἃς οὔτ᾽ ἄν κεν Ἄρης ὀνόσαιτο μετελθὼν

οὔτε κ᾽ Ἀθηναίη λαοσσόος: οἳ γὰρ ἄριστοι

κρινθέντες Τρῶάς τε καὶ Ἕκτορα δῖον ἔμιμνον

φράξαντες δόρυ δουρί, σάκος σάκεϊ προθελύμνῳ:
 130

ἀσπὶς ἄρ᾽ ἀσπίδ᾽ ἔρειδε, κόρυς κόρυν, ἀνέρα δ᾽ ἀνήρ:

ψαῦον δ᾽ ἱππόκομοι κόρυθες λαμπροῖσι φάλοισι

νευόντων, ὡς πυκνοὶ ἐφέστασαν ἀλλήλοισιν:


ἔγχεα δ᾽ ἐπτύσσοντο θρασειάων ἀπὸ χειρῶν

σειόμεν᾽: οἳ δ᾽ ἰθὺς φρόνεον, μέμασαν δὲ μάχεσθαι. 135

Et autour des deux Aias se pressaient de solides phalanges qu’auraient louées Arès et Athènè qui excite les guerriers. Et les plus braves attendaient les Troiens et le divin Hektôr, lance contre lance, bouclier contre bouclier, casque contre casque, homme contre homme. Et les crinières, sur les cônes splendides, se mêlaient, tant les rangs étaient épais ; et les lances s’agitaient entre les mains audacieuses, et tous marchaient, pleins du désir de combattre.
(traduction de Leconte de Lisle, 1818-1894; philoktetes.free.fr)

 

Texte 2 : IIiade XIII,151-153 (extrait plus large ici 150-154)

Τρῶες καὶ Λύκιοι καὶ Δάρδανοι ἀγχιμαχηταὶ
150

παρμένετ᾽: οὔ τοι δηρὸν ἐμὲ σχήσουσιν Ἀχαιοὶ

καὶ μάλα πυργηδὸν σφέας αὐτοὺς ἀρτύναντες,

ἀλλ᾽ ὀΐω χάσσονται ὑπ᾽ ἔγχεος, εἰ ἐτεόν με

ὦρσε θεῶν ὤριστος, ἐρίγδουπος πόσις Ἥρης.

ἀλλ᾽ ὀΐω χάσσονται ὑπ᾽ ἔγχεος, εἰ ἐτεόν με ὦρσε θεῶν ὤριστος, ἐρίγδουπος πόσις Ἥρης.

Troiens, Lykiens et Dardaniens belliqueux, restez fermes. Les Akhaiens ne me résisteront pas longtemps, bien qu’ils se dressent maintenant comme une tour ; mais ils vont fuir devant ma lance, si le plus grand des Dieux, l’époux tonnant de Hèrè, m’encourage.

(traduction de Leconte de Lisle, 1818-1894; philoktetes.free.fr)

 

II- Rappel sur la phalange hoplitique

Texte 3 : Hérodote VI, 111-113: Marathon

111. Ὡς δὲ ἐς ἐκεῖνον περιῆλθε, ἐνθαῦτα δὴ ἐτάσσοντο ὧδε οἱ Ἀθηναῖοι ὡς συμβαλέοντες· τοῦ μὲν δεξιοῦ κέρεος ἡγέετο ὁ πολέμαρχος Καλλίμαχος· ὁ γὰρ νόμος τότε εἶχε οὕτω τοῖσι Ἀθηναίοισι, τὸν πολέμαρχον ἔχειν κέρας τὸ δεξιόν· ἡγεομένου δὲ τούτου ἐξεδέκοντο ὡς ἀριθμέοντο αἱ φυλαὶ ἐχόμεναι ἀλληλέων, τελευταῖοι δὲ ἐτάσσοντο ἔχοντες τὸ εὐώνυμον κέρας Πλαταιέες. [2] ἀπὸ ταύτης [γάρ] Σφι τῆς μάχης, Ἀθηναίων θυσίας ἀναγόντων ἐς τὰς πανηγύριας τὰς ἐν τῇσι πεντετηρίσι γινομένας, κατεύχεται ὁ κῆρυξ ὁ Ἀθηναῖος ἅμα τε Ἀθηναίοισι λέγων γίνεσθαι τὰ ἀγαθὰ καὶ Πλαταιεῦσι. [3] Τότε δὲ τασσομένων τῶν Ἀθηναίων ἐν τῷ Μαραθῶνι ἐγίνετο τοιόνδε τι· τὸ στρατόπεδον ἐξισούμενον τῷ Μηδικῷ στρατοπέδῳ, τὸ μὲν αὐτοῦ μέσον ἐγίνετο ἐπὶ τάξιας ὀλίγας, καὶ ταύτῃ ἦν ἀσθενέστατον τὸ στρατόπεδον, τὸ δὲ κέρας ἑκάτερον ἔρρωτο πλήθεϊ.

112. Ὡς δέ σφι διετέτακτο καὶ τὰ σφάγια ἐγίνετο καλά, ἐνθαῦτα ὡς ἀπείθησαν οἱ Ἀθηναῖοι δρόμῳ ἵεντο ἐς τοὺς βαρβάρους. Ἦσαν δὲ στάδιοι οὐκ ἐλάσσονες τὸ μεταίχμιον αὐτῶν ἢ ὀκτώ. [2] Οἱ δὲ Πέρσαι ὁρέοντες δρόμῳ ἐπιόντας παρεσκευάζοντο ὡς δεξόμενοι, μανίην τε τοῖσι Ἀθηναίοισι ἐπέφερον καὶ πάγχυ ὀλεθρίην, ὁρέοντες αὐτοὺς ὀλίγους καὶ τούτους δρόμῳ ἐπειγομένους, οὔτε ἵππου ὑπαρχούσης σφι οὔτε τοξευμάτων. [3] Ταῦτα μέν νυν οἱ βάρβαροι κατείκαζον· Ἀθηναῖοι δὲ ἐπείτε ἀθρόοι προσέμιξαν τοῖσι βαρβάροισι, ἐμάχοντο ἀξίως λόγου. Πρῶτοι μὲν γὰρ Ἑλλήνων πάντων τῶν ἡμεῖς ἴδμεν δρόμῳ ἐς πολεμίους ἐχρήσαντο, πρῶτοι δὲ ἀνέσχοντο ἐσθῆτά τε Μηδικὴν ὁρέοντες καὶ τοὺς ἄνδρας ταύτην ἐσθημένους· τέως δὲ ἦν τοῖσι Ἕλλησι καὶ τὸ οὔνομα τὸ Μήδων φόβος ἀκοῦσαι.

113. Μαχομένων δὲ ἐν τῷ Μαραθῶνι χρόνος ἐγίνετο πολλός, καὶ τὸ μὲν μέσον τοῦ στρατοπέδου ἐνίκων οἱ βάρβαροι, τῇ Πέρσαι τε αὐτοὶ καὶ Σάκαι ἐτετάχατο· κατὰ τοῦτο μὲν δὴ ἐνίκων οἱ βάρβαροι καὶ ῥήξαντες ἐδίωκον ἐς τὴν μεσόγαιαν, τὸ δὲ κέρας ἑκάτερον ἐνίκων Ἀθηναῖοί τε καὶ Πλαταιέες· [2] Νικῶντες δὲ τὸ μὲν τετραμμένον τῶν βαρβάρων φεύγειν ἔων, τοῖσι δὲ τὸ μέσον ῥήξασι αὐτῶν συναγαγόντες τὰ κέρεα ἀμφότερα ἐμάχοντο, καὶ ἐνίκων Ἀθηναῖοι. Φεύγουσι δὲ τοῖσι Πέρσῃσι εἵποντο κόπτοντες, ἐς ὃ ἐς τὴν θάλασσαν ἀπικόμενοι πῦρ τε αἴτεον καὶ ἐπελαμβάνοντο τῶν νεῶν.

CXI. Quand il fut venu, les Athéniens se rangèrent en bataille en cet ordre : Callimaque se mit à la tête de l’aile droite, en vertu d’une loi qui ordonne chez les Athéniens que le polémarque occupe cette aile. Après le polémarque, les tribus se suivaient, chacune suivant le rang qu’elle tenait dans l’État, et sans laisser d’intervalle entre elles. Les Platéens étaient les derniers, et à l’aile gauche. Depuis cette bataille, lorsque les Athéniens offrent des sacrifices dans les fêtes qu’ils célèbrent tous les cinq ans, le héraut comprend aussi les Platéens dans les vœux qu’il fait pour la prospérité des Athéniens. Suivant cet ordre de bataille, le front de l’armée athénienne se trouvait égal à celui des Mèdes. Il n’y avait au centre qu’un petit nombre de rangs, et de ce côté l’armée était très faible ; mais les deux ailes étaient nombreuses et fortes.

CXII, Les Athéniens étaient rangés en bataille, et les victimes n’annonçaient rien que de favorable. Un intervalle de huit stades séparait les deux armées. Au premier signal, les Athéniens franchirent en courant cet espace. Les Perses, les voyant accourir, se disposèrent à les recevoir ; mais remarquant que, malgré leur petit nombre et le défaut de cavalerie et de gens de trait, ils se pressaient dans leur marche, ils les prirent pour des insensés qui couraient à une mort certaine. Les barbares s’en faisaient cette idée ; mais les Athéniens les ayant joints, leurs rangs serrés firent des actions mémorables. Ce sont, autant que nous avons pu le savoir, les premiers de tous les Grecs qui aient été à l’ennemi en courant, qui aient envisagé sans effroi l’habillement des Mèdes, et qui aient soutenu la vue de leurs soldats, quoique jusqu’alors le seul nom de Mèdes eût inspiré de la terreur aux Grecs.

CXIII. Après un combat long et opiniâtre, les Perses et les Saces, qui composaient le centre de l’armée ennemie, enfoncèrent celui des Athéniens, et, profitant de leur avantage, ils poursuivirent les vaincus du côté des terres. Cependant les Athéniens et les Platéens remportèrent la victoire aux deux ailes ; mais, laissant fuir les barbares, ils réunirent en un seul corps l’une et l’autre aile, attaquèrent les Perses et les Saces, qui avaient rompu le centre de leur armée, et les battirent. Les Perses ayant pris la fuite, les Athéniens les poursuivirent, tuant et taillant en pièces tous ceux qu’ils rencontrèrent, jusqu’à ce qu’étant arrivés sur les bords de la mer, ils demandèrent du feu, et s’emparèrent de quelques vaisseaux.

(traduction Larcher 1850, remacle.org)

 

III- Textes sur la phalange oblique

Texte 4 : Xénophon, Helléniques, VI, 4, 12-14: Leuctres

Τῆς δὲ φάλαγγος τοὺς μὲν Λακεδαιμονίους ἔφασαν εἰς τρεῖς τὴν ἐνωμοτίαν ἄγειν· τοῦτο δὲ συμβαίνειν αὐτοῖς οὐ πλέον ἢ εἰς δώδεκα τὸ βάθος. Οἱ δὲ Θηβαῖοι οὐκ ἔλαττον ἢ ἐπὶ πεντήκοντα ἀσπίδων συνεστραμμένοι ἦσαν, λογιζόμενοι ὡς εἰ νικήσειαν τὸ περὶ τὸν βασιλέα, τὸ ἄλλο πᾶν εὐχείρωτον ἔσοιτο.

(13) Ἐπεὶ δὲ ἤρξατο ἄγειν ὁ Κλεόμβροτος πρὸς τοὺς πολεμίους, πρῶτον μὲν πρὶν καὶ αἰσθέσθαι τὸ μετ᾽ αὐτοῦ στράτευμα ὅτι ἡγοῖτο, καὶ δὴ καὶ οἱ ἱππεῖς συνεβεβλήκεσαν καὶ ταχὺ ἥττηντο οἱ τῶν Λακεδαιμονίων· φεύγοντες δὲ ἐνεπεπτώκεσαν τοῖς ἑαυτῶν ὁπλίταις, ἔτι δὲ ἐνέβαλλον οἱ τῶν Θηβαίων λόχοι. Ὅμως δὲ ὡς οἱ μὲν περὶ τὸν Κλεόμβροτον τὸ πρῶτον ἐκράτουν τῇ μάχῃ σαφεῖ τούτῳ τεκμηρίῳ γνοίη τις ἄν· οὐ γὰρ ἂν ἐδύναντο αὐτὸν ἀνελέσθαι καὶ ζῶντα ἀπενεγκεῖν, εἰ μὴ οἱ πρὸ αὐτοῦ μαχόμενοι ἐπεκράτουν ἐν ἐκείνῳ τῷ χρόνῳ. (14) Ἐπεὶ μέντοι ἀπέθανε Δείνων τε ὁ πολέμαρχος καὶ Σφοδρίας τῶν περὶ δαμοσίαν καὶ Κλεώνυμος ὁ υἱὸς αὐτοῦ, καὶ οἱ μὲν ἵπποι καὶ οἱ συμφορεῖς τοῦ πολεμάρχου καλούμενοι οἵ τε ἄλλοι ὑπὸ τοῦ ὄχλου ὠθούμενοι ἀνεχώρουν, οἱ δὲ τοῦ εὐωνύμου ὄντες τῶν Λακεδαιμονίων ὡς ἑώρων τὸ δεξιὸν ὠθούμενον, ἐνέκλιναν· ὅμως δὲ πολλῶν τεθνεώτων καὶ ἡττημένοι ἐπεὶ διέβησαν τὴν τάφρον ἣ πρὸ τοῦ στρατοπέδου ἔτυχεν οὖσα αὐτοῖς, ἔθεντο τὰ ὅπλα κατὰ χώραν ἔνθεν ὥρμηντο. Ἦν μέντοι οὐ πάνυ ἐν ἐπιπέδῳ, ἀλλὰ πρὸς ὀρθίῳ μᾶλλόν τι τὸ στρατόπεδον.

Telle était la cavalerie des deux côtés. Quant aux corps d’armée, on dit que les Lacédémoniens mirent les énomoties sur trois files, de sorte que cela ne leur faisait pas plus de douze hommes de hauteur. Les Thébains, au contraire, étaient agglomérés sur une profondeur de cinquante boucliers, calculant que, s’ils battaient le corps du roi, ils seraient facilement maîtres de tout le reste.

(13) Lorsque Cléombrote commença le premier mouvement contre les ennemis, avant même que son armée se fût aperçue qu’on marchait en avant, la cavalerie des deux partis en était déjà aux mains, et celle des Lacédémoniens avait été promptement mise en déroute ; en fuyant, les cavaliers tombent sur leurs propres hoplites, chargés en outre par les loches des Thébains. Cependant la supériorité que le corps de Cléombrote commença par avoir au début de la bataille, est prouvée par un témoignage positif : c’est qu’on n’aurait pas pu le relever et l’emporter vivant, si ceux qui combattaient autour de lui n’avaient pas eu l’avantage dans le moment. (14) Mais lorsque le polémarque Dinon eut été tué, ainsi que Sphodrias, un des commensaux du roi, et son fils Cléonyme, la cavalerie, et ceux qu’on nomme symphores du polémarque, aussi bien que tous les autres, ne purent plus tenir contre le nombre et commencèrent à céder : les troupes lacédémoniennes de l’aile gauche, voyant la droite enfermée, plièrent aussi.

(traduction E. Talbot, 1859, remacle.org)

 

Texte 5 : Xénophon, Helléniques, VII, 5, 23-24

[23] Ὁ δὲ τὸ στράτευμα ἀντίπρῳρον ὥσπερ τριήρη προσῆγε, νομίζων, ὅποι ἐμβαλὼν διακόψειε, διαφθερεῖν ὅλον τὸ τῶν ἐναντίων στράτευμα. Καὶ γὰρ δὴ τῷ μὲν ἰσχυροτάτῳ παρεσκευάζετο ἀγωνίζεσθαι, τὸ δὲ ἀσθενέστατον πόρρω ἀπέστησεν, εἰδὼς ὅτι ἡττηθὲν ἀθυμίαν ἂν παράσχοι τοῖς μεθ᾽ ἑαυτοῦ, ῥώμην δὲ τοῖς πολεμίοις. Καὶ μὴν τοὺς ἱππέας οἱ μὲν πολέμιοι ἀντιπαρετάξαντο ὥσπερ ὁπλιτῶν φάλαγγα βάθος ἐφεξῆς καὶ ἔρημον πεζῶν ἁμίππων·

[24] Ὁ δ᾽ Ἐπαμεινώνδας αὖ καὶ τοῦ ἱππικοῦ ἔμβολον ἰσχυρὸν ἐποιήσατο, καὶ ἁμίππους πεζοὺς συνέταξεν αὐτοῖς, νομίζων τὸ ἱππικὸν ἐπεὶ διακόψειεν, ὅλον τὸ ἀντίπαλον νενικηκὼς ἔσεσθαι· μάλα γὰρ χαλεπὸν εὑρεῖν τοὺς ἐθελήσοντας μένειν, ἐπειδάν τινας φεύγοντας τῶν ἑαυτῶν ὁρῶσι· καὶ ὅπως μὴ ἐπιβοηθῶσιν οἱ Ἀθηναῖοι ἀπὸ τοῦ εὐωνύμου κέρατος ἐπὶ τὸ ἐχόμενον, κατέστησεν ἐπὶ γηλόφων τινῶν ἐναντίους αὐτοῖς καὶ ἱππέας καὶ ὁπλίτας, φόβον βουλόμενος καὶ τούτοις παρέχειν ὡς, εἰ βοηθήσαιεν, ὄπισθεν οὗτοι ἐπικείσοιντο αὐτοῖς. Τὴν μὲν δὴ συμβολὴν οὕτως ἐποιήσατο, καὶ οὐκ ἐψεύσθη τῆς ἐλπίδος· κρατήσας γὰρ ᾗ προσέβαλεν ὅλον ἐποίησε φεύγειν τὸ τῶν ἐναντίων.

23. Quant à lui, il conduisait son armée comme une trière, la proue en avant, comptant que, s’il enfonçait l’armée ennemie sur le point qu’il attaquerait, il la détruirait tout entière. Et en effet, il se préparait à combattre avec ses troupes les plus solides et il avait placé les plus faibles loin en arrière, sachant que, si elles étaient battues, leur défaite découragerait les siens et redoublerait la force des ennemis. Quant à la cavalerie, les ennemis avaient disposé la leur comme une phalange d’hoplites, sur six rangs de profondeur, sans y mêler d’infanterie.

24. Épaminondas de son côté avait formé avec la sienne une solide colonne d’attaque, renforcée de fantassins qui accompagnaient les cavaliers. Il pensait que, lorsqu’il aurait coupé en deux la cavalerie de ses adversaires, leur armée tout entière serait battue ; car il est très difficile de trouver des gens qui consentent à tenir ferme, quand ils voient certains des leurs en fuite. D’autre part, pour empêcher les Athéniens de l’aile gauche d’aller au secours de leurs voisins, il plaça sur des collines en face d’eux des cavaliers et des hoplites, pour leur faire craindre que, s’ils se portaient en avant, ceux-ci ne les prissent à revers. Tel fut son plan d’attaque et il ne fut pas trompé dans son espérance ; car, ayant vaincu à l’endroit où il donna, il mit en déroute toute l’armée ennemie.

(traduction E. Talbot, 1859, remacle.org)

 

Texte 6 : Plutarque, Pélopidas, XXIII : Leuctres

XXIII. [23] Ἐν δὲ τῇ μάχῃ τοῦ Ἐπαμεινώνδου τὴν φάλαγγα λοξὴν ἐπὶ τὸ εὐώνυμον ἕλκοντος, ὅπως τῶν ἄλλων Ἑλλήνων ἀπωτάτω γένηται τὸ δεξιὸν τῶν Σπαρτιατῶν καὶ τὸν Κλεόμβροτον ἐξώσῃ προσπεσὼν ἀθρόως κατὰ (2) κέρας καὶ βιασάμενος, οἱ μὲν πολέμιοι καταμαθόντες τὸ γινόμενον ἤρξαντο μετακινεῖν τῇ τάξει σφᾶς αὐτοὺς καὶ τὸ δεξιὸν ἀνέπτυσσον καὶ περιῆγον, ὡς κυκλωσόμενοι (3) καὶ περιβαλοῦντες ὑπὸ πλήθους τὸν Ἐπαμεινώνδαν, ὁ δὲ Πελοπίδας ἐν τούτῳ προεξέδραμε, καὶ συστρέψας τοὺς τριακοσίους δρόμῳ φθάνει, πρὶν ἀνατεῖναι τὸν Κλεόμβροτον τὸ κέρας ἢ συναγ<αγ>εῖν πάλιν εἰς τὸ αὐτὸ καὶ συγκλεῖσαι τὴν τάξιν, οὐ καθεστῶσιν ἀλλὰ θορυβουμένοις (4) δι’ ἀλλήλων τοῖς Λακεδαιμονίοις ἐπιβαλών. Καίτοι πάντων ἄκροι τεχνῖται καὶ σοφισταὶ τῶν πολεμικῶν ὄντες οἱ Σπαρτιᾶται πρὸς οὐδὲν οὕτως ἐπαίδευον αὑτοὺς καὶ συνείθιζον, ὡς τὸ μὴ πλανᾶσθαι μηδὲ ταράττεσθαι τάξεως διαλυθείσης, ἀλλὰ χρώμενοι πᾶσι πάντες ἐπιστάταις καὶ ζευγίταις, ὅπου ποτὲ καὶ σὺν οἷστισιν ὁ κίνδυνος καταλαμβάνοι, καὶ συναρμόττειν καὶ μάχεσθαι παραπλησίως. (5) Τότε δ’ ἡ τοῦ Ἐπαμεινώνδου φάλαγξ ἐπιφερομένη μόνοις ἐκείνοις καὶ παραλλάττουσα τοὺς ἄλλους, ὅ τε Πελοπίδας μετὰ τάχους ἀπίστου καὶ τόλμης ἐν τοῖς ὅπλοις γενόμενος, συνέχεον τά τε φρονήματα καὶ τὰς ἐπιστήμας αὐτῶν οὕτως, ὥστε φυγὴν καὶ φόνον Σπαρτιατῶν ὅσον (6) οὔπω πρότερον γενέσθαι. Διὸ τῷ Ἐπαμεινώνδᾳ βοιωταρχοῦντι μὴ βοιωταρχῶν, καὶ πάσης ἡγουμένῳ τῆς δυνάμεως μικροῦ μέρους ἄρχων, ἴσον ἠνέγκατο δόξης τῆς νίκης ἐκείνης καὶ τοῦ κατορθώματος.

[23] XXIII. Épaminondas, en rangeant ses troupes en bataille, plaça la phalange à l’aile gauche, et la fit avancer obliquement vers l’ennemi, afin que l’aile droite des Spartiates fût éloignée le plus qu’il serait possible des autres Grecs qui étaient dans leur armée, et que la phalange des Thébains, en tombant avec toutes ses forces sur Cléombrote, qui commandait cette aile droite, pût aisément l’enfoncer et la mettre en déroute. Les ennemis ayant pénétré son dessein, changèrent leur ordre de bataille : ils étendirent leur aile droite, dans l’espérance qu’avec le grand nombre de leurs troupes, ils envelopperaient Épaminondas ; mais à l’instant même Pélopidas accourt avec son bataillon sacré ; et ayant, par sa grande diligence, empêché que Cléombrote n’eût le temps d’étendre sa droite, ou, à ce défaut, de la serrer de nouveau pour rétablir son premier ordre de bataille, il charge les Lacédémoniens, qui n’avaient pas encore repris leurs rangs et qu’il trouve en désordre. Les Spartiates étaient les plus habiles maîtres dans l’art de la guerre ; et la partie de leur tactique à laquelle ils étaient le plus exercés, celle dont ils avaient contracté la plus longue habitude, c’était de ne jamais se déranger ni se troubler ; de ne point changer leur ordre de bataille en présence de l’ennemi ; d’accoutumer leurs soldats à pouvoir, quand le danger devenait pressant, se servir les uns aux autres de capitaines et de chefs de bandes, et à se tenir unis et serrés en combattant. Mais dans cette occasion la phalange d’Épaminondas n’ayant chargé que cette aile droite, sans s’arrêter aux autres troupes, et Pélopidas, de son côté, étant venu, à la tête de son bataillon sacré, fondre sur eux avec une audace et une rapidité inexprimable ; cette double attaque confondit tellement toute leur science et toute leur fierté, que jamais les Lacédémoniens n’essuyèrent un si grand carnage ni une déroute si complète. Ainsi Pélopidas, qui n’était pas béotarque et qui ne commandait qu’un bataillon peu nombreux, partagea avec Épaminondas, qui était revêtu de la première magistrature, et avait le commandement de toute l’armée, la gloire de cette brillante journée.

(traduction D. Ricard, 1830, remacle.org)

 

Texte 7 : Diodore, XV, 55 : Leuctres

55. Καὶ παρὰ μὲν τοῖς Λακεδαιμονίοις οἱ ἀφ’ ῾Ηρακλέους γεγονότες ἡγεμόνες ἐτάχθησαν ἐπὶ τῶν κεράτων, Κλεόμβροτός τε ὁ βασιλεὺς καὶ ᾿Αρχίδαμος ὁ ᾿Αγησιλάου τοῦ βασιλέως υἱός, παρὰ δὲ τοῖς Βοιωτοῖς ᾿Επαμεινώνδας ἰδίᾳ τινὶ καὶ περιττῇ τάξει χρησάμενος διὰ τῆς ἰδίας στρατηγίας περιεποιήσατο τὴν περιβόητον νίκην. [2] Ἐκλεξάμενος γὰρ ἐξ ἁπάσης τῆς δυνάμεως τοὺς ἀρίστους ἐπὶ τὸ ἕτερονμέρος ἔστησε, μεθ’ ὧν καὶ αὐτὸς ἔμελλε διαγωνίζεσθαι· τοὺς δ’ ἀσθενεστάτους ἐπὶ τὸ ἕτερον κέρας τάξας παρήγγειλεν αὐτοῖς φυγομαχεῖν καὶ κατὰ τὴν ἔφοδον τῶν πολεμίων ἐκ τοῦ κατ’ ὀλίγον ὑποχωρεῖν. Διὸ καὶ λοξὴν ποιήσας τὴν φάλαγγα, τῷ τοὺς ἐπιλέκτους ἔχοντι κέρατι ἔγνω κρίνειν τὴν μάχην. [3] Ὡς δ’ αἵ τε σάλπιγγες ἐσήμαινον παρ’ ἀμφοτέροις τὸ πολεμικὸν καὶ κατὰ τὴν πρώτην ὁρμὴν συνηλάλαξαν αἱ δυνάμεις, οἱ μὲν Λακεδαιμόνιοι τοῖς κέρασιν ἀμφοτέροις ἐπῆγον μηνοειδὲς τὸ σχῆμα τῆς φάλαγγος πεποιηκότες, οἱ δὲ Βοιωτοὶ τῷ μὲν ἑτέρῳ κέρατι ὑπεχώρουν, τῷ δὲ ἑτέρῳ δρόμῳ συνῆπτον τοῖς πολεμίοις. [4] Ὡς δὲ συνῆψαν ἀλλήλοις εἰς χεῖρας, τὸ μὲν πρῶτον ἐκθύμως ἀμφοτέρων ἀγωνιζομένων ἰσόρροπος ἦν ἡ μάχη, μετὰ δὲ ταῦτα τῶν περὶ τὸν ᾿Επαμεινώνδαν διά τε τὴν ἀρετὴν καὶ τὴν πυκνότητα τῆς τάξεως πλεονεκτούντων πολλοὶ τῶν Πελοποννησίων ἀνῃροῦντο. οὐ γὰρ ὑπέμενον ὑπενέγκαι τὸ βάρος τῆς τῶν ἐπιλέκτων ἀνδραγαθίας, ἀλλὰ τῶν ἀντιστάντων οἱ μὲν ἔπιπτον, οἱ δὲ κατετραυματίζοντο, πάσας τὰς πληγὰς ἐναντίας λαμβάνοντες. [5] Ἕως μὲν οὖν ὁ βασιλεὺς τῶν Λακεδαιμονίων Κλεόμβροτος ἔζη, πολλοὺς ἔχων τοὺς συνασπίζοντας καὶ προθύμως πρὸ αὐτοῦ ἀποθνήσκοντας, ἄδηλος ἦν ἡ ῥοπὴ τῆς νίκης· ἐπεὶ δ’ οὗτος πάντα κίνδυνον ὑπομένων οὐκ ἠδύνατο βιάσασθαι τοὺς ἀνθεστηκότας, ἡρωικῶς δὲ μαχόμενος καὶ πολλοῖς τραύμασι περιπεσὼν ἐτελεύτησε, τότε συνδρομῆς γενομένης περὶ τοῦ πτώματος νεκρῶν πλῆθος ἐσωρεύθη.

55 Le roi Cléombrotus et Archidamus fils du roi Agésilas, deux généraux du sang d’Hercule, commandaient chacun une des deux ailes de l’armée. Du côté des Thébains, Épaminondas par une ordonnance singulièrement et excellemment imaginée se prépara une victoire mémorable. [2] Il assembla dans l’une de ses deux ailes qu’il devait commander lui-même tout ce qu’il y avait de meilleur dans son armée. Il composa l’autre de ce qu’il avait de plus faible et même il leur ordonna de se battre en retraite dès le commencement et d’engager les ennemis à les poursuivre : en conséquence de quoi mettant lui-même son aile en biais, il comptait les envelopper et s’assurer la victoire par la valeur de ceux qu’il commandait en personne. [3] Dès que les trompettes eurent donné le signal, deux armées s’ébranlèrent en jetant les cris ordinaires. Les Lacédémoniens s’avancèrent en donnant à leur phalange cette forme de nouvelle lune ou de croissant qui leur était usitée. Une des deux ailes béotiennes cédait peu à peu le terrain comme il lui était ordonné et l’autre au contraire hâtait le pas pour prendre les ennemis par derrière. [4] Quand on en fut venu aux mains, le combat demeura quelque temps douteux par l’émulation réciproque des deux partis. Mais bientôt après, la valeur personnelle d’Épaminondas secondée par la confiance et par le bon ordre de ses bataillons diminua prodigieusement les rangs dans l’armée du Péloponnèse : celle-ci ne pouvait soutenir l’effort de ces hommes d’élite qui tombaient sur elle. Entre les Spartiates les uns étaient tués et les autres couverts de blessures toutes reçues par devant. [5] Tant que le roi Cléombrotus demeura vivant, le nombre et le zèle de ceux qui combattaient pour le défendre et qui sacrifiaient leur vie pour lui rendait en quelque sorte la victoire douteuse. Mais lorsqu’après s’être livré à tous les périls, après avoir combattu en héros, après avoir été couvert de blessures, il fut enfin tombé mort, le nombre de ceux qui s’assemblèrent autour de son corps pour le défendre et pour l’emporter donna lieu à un carnage effroyable de Lacédémoniens.

(traduction Abbé Terrasson, 1744, remacle.org)

 

M.H. Delavaud-Roux

MCF Histoire ancienne, HCTI EA 4249 UBO Brest

 

1 HANSON, Victor Davis, Le Modèle occidental de la guerre : la bataille d’infanterie dans la Grèce classique, [trad. A. Billault], Paris : Les Belles Lettres, 1990.

2 BLOCH, Marc, Les Rois thaumaturges, Paris : Gallimard, 1983.

3 MAUSS, Marcel, « Les Techniques du corps », Journal de Psychologie, XXXII, 3-4, (15 mars – 15 avril 1936). Communication présentée à la Société de Psychologie le 17 mai 1934. http://classiques.uqac.ca/classiques/mauss_marcel/socio_et_anthropo/6_Techniques_corps/Techniques_corps.html.

4 LEROI-GOURHAN, André, Le Geste et la parole I : technique et langage, Paris : Albin Michel, 1964, 49-50.

5 Ibid., 87-89.

6 Ibid., 92.

7 LEROI-GOURHAN, André, Le Geste et la parole II : la mémoire et les rythmes, Paris : Albin Michel, 1965, 47-48. L’auteur montre également, 128-132, comment l’homme, qui fabrique outils et armes, interprète avec de plus en plus de liberté les rapports entre la forme et la fonction de l’objet qu’il utilise.

8 LEROI-GOURHAN, André, Le Geste et la parole I : technique et langage, op. cit., 237.

9 PROST, Francis et Jérôme WILGAUX (dir.), Penser et représenter les corps dans l’Antiquité : Actes du colloque international de Rennes 1-4 septembre 2004, Rennes : PUR, 2006, 7.

10 JOUSSE, Marcel, L’Anthropologie du geste, Paris : Gallimard, 1978, 51.

11 Ibid., 157-162, 332.

12 Manifestation présidée par F Héritier, avec entre autres une table ronde Le Geste à l’appui à laquelle ont participé F. d’Almeida, L. Bertrand-Dorléac, J.-C. Schmitt et D. El Kenz.

13 GLOTZ, Gustave et Robert COHEN, Histoire grecque, Paris : PUF, 1925-1938 (4 vol.).

14 FINLAY, George, “On the Battle of Marathon”, Transaction of the Royal Society of Literature of the United Kingdom 3 (1989) 363-395 ; von Eschenburg, Hauptmann, Topographische, Archaeologische und Militärosche Betrachtungen auf dem Schlachtfelde von Marathon, Berlin, Reischdruckerei, 1886; Maurice, Frederick, “The Campaign of Marathon”, JHS, 52 (1932), 20-23.

15 LORIMER, Hilda Lockart, “The Hoplite Phalanx”, BSA XLII (1947), 76-36.

16 SNODGRASS, Anthony, Arms and Amours of the Greeks, London, 1967 ; SNODGRASS, Anthony, “The hoplite Reform revisited” DHA, 19 (1993) 47-61.

17 KEEGAN, John, The Face of the Battle: A Study of Agincourt, Waterloo and the Somme London, Penguin, 1976, bien que ne portant pas sur la Grèce antique ; KEEGAN, John, Histoire de la guerre du Néolithique à la guerre du golfe, Paris : Dagarno, 1996 ; LATACZ, Joachim, Kampfparänese, Kampfdarstellung und Kampfwirklichkeit in der Ilias, bei Kallinos und TyrtaiosMunich : Beck, 1977, VAN WEES, Hans, Status Warrior: War Violence and Society in Homer and History, Amsterdam : J.C. Gieben, 1992.

18 AYMARD, André, et Jeannine AUBOYER, L’Orient et la Grèce antique, Paris : PUF, 1953 ; AYMARD André, et Jeannine AUBOYER, Rome et son empire, Paris : PUF, 1954.

19 AYMARD, André, Études d’Histoire antique, Paris : PUF, 1967.

20 VERNANT, Jean-Pierre et Marcel DÉTIENNE, Problèmes de la guerre en Grèce ancienne, Paris/La Haye : Mouton, 1968.

21 HANSON, Victor Davis, Warfare and agriculture in Ancient Greece, Berkeley and Los Angeles: University of California Press, 1998.

22 HANSON, Victor Davis, Le Modèle occidental de la guerre, op. cit. Sur les nuances apportées par l’historiographie postérieure, voir FRANCE, John, « Close Order and Close Quarter : the Culture of Combat in the West », in The International History Review, 27 : 3, 2005, 498-517.

23 BRUN, Patricia, La Bataille de Marathon, Paris : Larousse, 2009.

24 « Au nom d’Athènes », réalisation F. Hourlier, scénario S. Hauville, musique O. Lafuma, participants : P. Brun, D. Lenfant, A. Powell, acteurs : D. Atrakchi, M. Duret et al., Paris : Choé Productions, 2012, 2 DVD vidéo.

25 PRITCHETT, William Kendrick, Marathon, Berkeley : University of California Press, 1960 ; PRITCHETT, William Kendrick, “Marathon revisited”, Studies in Ancient greek Topography, Berkeley : University of California Press, 1965, 83-93.

26 PRITCHETT, William Kendrick, The Greek State War: Part I, Berkeley and Los Angeles: University of California Press, 1971, 135, 141. Voir le commentaire qu’en donne V. D. Hanson, « Épaminondas, la bataille de Leuctres (371 av. J.-C.) et la ‘révolution’ dans la tactique grecque », in BRÛLÉ, Pierre et Jacques OULHEN (dir.), La Guerre en Grèce à l’époque classique, Rennes : PUR, 1999, 241-259, 244.

27 LEVÊQUE, Pierre et Pierre VIDAL-NAQUET, « Épaminondas pythagoricien ou le problème de tactique de la droite et de la gauche», in LEVÊQUE, Pierre et Pierre VIDAL-NAQUET, Le chasseur noir, Paris : Maspéro, 1987, 95-113. Voir aussi « Appendice : Épaminondas pythagoricien. Compléments 1980 », in LEVÊQUE, Pierre et Pierre VIDAL-NAQUET, Le chasseur noir, op.cit., 115-121.

28 LÉVÊQUE, Pierre et Pierre VIDAL-NAQUET, « Épaminondas pythagoricien ou le problème de tactique de la droite et de la gauche », art.cit., 96-97, n. 6.

29 HANSON, Victor Davis, « Épaminondas, la bataille de Leuctres (371 av. J.-C.) et la révolution dans la tactique grecque », art. cit.

30 Ibid., 249-251.

31 « Et quand ils se furent rencontrés, les piques et les forces des guerriers aux cuirasses d’airain se mêlèrent confusément, et les boucliers bombés se heurtèrent, et il s’éleva un bruit immense. On entendait les cris de joie et les lamentations de ceux qui tuaient ou mouraient, et la terre ruisselait de sang », traduction de Leconte de Lisle, 1818-1894, http://philoctetes.free.fr/ilchant8.htm, page consultée le 13 novembre 2015.

32 « Les rangs se raffermissent à la voix du roi [= Achille]. Comme un homme, au moyen de moellons bien serrés raffermit la muraille de sa haute maison, pour la garder des violences du vent, ainsi se raffermissent les casques, les écus bombés. L’écu s’appuie sur l’écu, le casque sur le casque, le guerrier sur le guerrier. Lorsqu’ils inclinent la tête, les casques à crinière heurtent leurs cimiers éclatants, tant ils sont là, serrés les uns contre les autres. En avant de tous, deux hommes en armes, Patrocle et Automédon, d’un même cœur s’apprêtent à combattre à la tête des Myrmidons. », traduction de Leconte de Lisle, 1818-1894, http://philoctetes.free.fr/ ilchant2.htm, page consultée le 13 novembre 2015.

33 GARLAN, Yvon, La Guerre dans l’Antiquité, Paris : Nathan, 1999, 95.

34 LÉVÊQUE, Pierre et Pierre VIDAL-NAQUET, « Épaminondas pythagoricien ou le problème tactique de la droite et de la gauche », art.cit..

35 JOUSSE, Marcel, L’Anthropologie du geste, op.cit., 222-224.

36 LÉVÊQUE, Pierre et Pierre VIDAL-NAQUET, « Épaminondas pythagoricien ou le problème tactique de la droite et de la gauche », art. cit., 103.

37 Ibid., 103 -106.

38 Ibid., 108-110 et Aetius, II, 7, 7; III, 11,3 (= Diels 7 44 [32] A 16-17).

39 Ibid., 110-111 et Platon, Timée 69, c-d.

40 « Appendice : Épaminondas pythagoricien. Compléments 1980 », in LÉVÊQUE, Pierre et Pierre VIDAL-NAQUET, Le chasseur noir, op.cit., 117.

41 PLATON, Lois, VII, 794d-795d ; LÉVÊQUE Pierre et Pierre VIDAL-NAQUET, Le chasseur noir, op.cit., 107, 112.

42 HANSON, Victor Davis, «Épaminondas, la bataille de Leuctres (371 av. J.-C.) et la ‘révolution’ dans la tactique grecque», art.cit., 243. Hanson s’inscrit dans la lignée des travaux d’Anderson, de Lazenby et de Ferrill. à noter que Raoul Lonis estime que la seule innovation de la phalange oblique est « de faire porter la poussée sur l’aile droite ennemie au lieu de l’aile gauche comme à l’accoutumée ». (Guerre et religion en Grèce à l’époque classique, Annales Littéraires de l’Université de Besançon, Paris : Les Belles Lettres, 1979, 23, n. 30).

43 Ibid., 245.

44 Ibid., 251.

45 Ibid,, 246.

46 Le Thesaurus Linguae Graecae, qui est une entreprise due à l’initiative d’Henri Estienne en 1572, a été consulté dans sa version informatique, mise au point par M. Mac Donald à l’Université de Californie, Irvine, à partir de 1971 : www.tlg.uci.edu.

47 Flavius Arrianus Hist. et Phil., Tactica. {0074.005}, 20, 3, 4, dans l’édition du TLG (C’est nous qui traduisons).

48 Aelianus Tact., Tactica. {0546.001} C, 91, 1, dans l’édition du TLG (C’est nous qui traduisons).

49 Suda, Lexicon. {9010.001} lambda, 671 et 672, 1, dans l’édition du TLG, traduction d’après http://www.stoa. org/sol.

50 CECCARELLI, Paola, La Pirrica nell’Antichità greco romana : Studi sulla danza armata, Pisa-Roma : Istituti Editoriali e Poligrafici Internazionali, 1998.

51 DELAVAUD-ROUX, Marie-Hélène, Recherches sur la danse dans l’Antiquité grecque (VIIe -IVe s. av. J.-C.) thèse soutenue sous la dir. de F. Salviat, Université de Provence, 1991. Seule la première partie de ce travail portait sur la pyrrhique et autres danses en armes, voir DELAVAUD-ROUX Marie-Hélène, Les Danses armées en Grèce antique, Aix-en-Provence : Publications de l’Université de Provence, 1991.

52 Trois peintures de canthare représentent une pyrrhique masculine en groupe mais deux d’entre elles sont effectuées en contexte funèbre : canthare à une anse à figures noires, Cabinet des Médailles 355, classe des canthares à une anse, vers 500 av. J.-C. (BEAZLEY, John Davidson, Attic Black-Figure Vase Painters, Oxford : Clarendon Press, 1956, 8) et canthare à une anse à figures noires, Cabinet des Médailles 353, classe des canthares à une anse, vers 500 av. J.-C. (BEAZLEY, John Davidson, Attic Black-Figure Vase Painters, op.cit. 7). Voir DELAVAUD-ROUX, Les Danses armées en Grèce antique, 115-117, n° 31 et 32 ; voir également POURSAT, Jean-Claude, « Les représentations de danse armée dans la céramique attique », BCH 92 n° 2 (1968), 550-615, fig. 6-9 ; CECCARELLI, Paola, La Pirrica nell’Antichità greco romana. Studi sulla danza armata, 239 n° 4 et 3. Il ne reste donc pour notre étude que le canthare à une anse à figures noires, Vatican G 58, Groupe du Vatican G 58, vers 500 av. J.-C. BEAZLEY, Attic Black-Figure Vase Painters, 345, 1, DELAVAUD-ROUX, Marie-Hélène, Les danses armées en Grèce antique, 90 n° 17, POURSAT, Jean-Claude, « Les représentations de danse armée dans la céramique attique», fig. 5, CECCARELLI, Paola, La Pirrica nell’Antichità greco romana. Studi sulla danza armata, n° 2.

53 Base d’Artabos, Athènes, Musée de l’Acropole, 1338 + l’inscription IGII2, 3025 datée de 366/365 av. J.-C.; S. Casson, Catalogue of the Acropolis Museum, Cambridge : Cambridge University Press, 1921, 1II, p. 240, n° 1338 ; BROUSKARI, M. S., The Acropolis Museum, Athènes : Commercial Bank of Athens, 1974, n° 20 ; TZACHOU-ALEXANDRI, Olga, Mind and Body: Athletic Contests in Ancient Greece, Athènes : Ministry of Culture/National Hellenic Committee, 1988, 208-210 ; NEILS, Jennifer (ed.), Goddess and Polis, The Panathenaic Festival in Ancient Athens, Princeton : Princeton University Press, 1992, 95, fig. 61 ; CECCARELLI, Paola, La Pirrica nell’Antichità greco romana : Studi sulla danza armata, 244 n° IV, 2. Voir aussi le relief néoattique du Vatican groupe de Leocharès vers 321 av. J.-C., qui était une copie de la base de Xénoclès (sur laquelle un seul pyrrhichiste est conservé), HELBIG, W., Fuhrer durch die öffentlichen Sammlungen klassicher Altertümer in Rom,Tübingen : E. Wasmuth, 1963, 4° ed., I, 47-48 n° 58 ; LIPPOLD, Georg, Die Skulturen des Vaticanischen Museums, Berlin /Leipzig : W. de Gruyter, 1936, III 1, 4 ss., n° 489, tav 28 ; GRASSINGER, Dagmar, Römische marmorkratere, Mainz am Rhein : Ph. Von Zabern, 1991, 115-116 ; CECCARELLI, Paola, La Pirrica nell’Antichità greco romana. Studi sulla danza armata, 244 n° V, 4.

54 Olpè protocorinthienne, Rome, Musée de la Villa Giulia 22679, 650-640 av. J.-C.

55 PLATON, Lois, VII, 794d-795d.

56 HANSON, Victor Davis, Le modèle occidental de la guerre, op.cit., 120.

57 Voir note 53.

58 ANDERSON J.K., “Hoplite weapons and offensive arms” in HANSON, Victor Davis (ed), Hoplites : The Classical Greek Battle Experience, Abingdon and New York, Routledge, 1991, 15-37. Ce texte a été traduit en français et publié sous le titre «Equipement hoplitique et armes offensives», in BRÛLÉ, Pierre et Jacques OULHEN (dir.), La Guerre en Grèce à l’époque classique, op.cit., 111-131, 111.

59 Ars maiorum. http://www.arsmaiorum.org.

60 Chiffre donné sur la base des trouvailles archéologiques par MARKLE, M. M., « La sarisse macédonienne. La lance et l’équipement connexe », in BRÛLÉ, Pierre et Jacques OULHEN (dir.), La Guerre en Grèce à l’époque classique, op.cit., 149-172, 150. Il faut donc réfuter définitivement l’idée que la sarisse ait pu dépasser 6 m comme le proposait Yvon Garlan (La Guerre dans l’Antiquité, op.cit., 97).

 

Pour citer ce texte :
		
Marie-Hélène Delavaud-Roux, "Le geste de l’hoplite dans la phalange oblique", p. 25-41 (http://revuemotifs.fr/?page_id=92, consulté le 18/10/2017).